La Seine était rouge
(Paris, octobre 1961)
Editions Thierry Magnier, 2003
Collection Romans / Nouvelles adultes

 

 

Retour sur un épisode noir de l’histoire de France

A 16 ans, Amel voudrait connaître le secret de sa mère, Noria, et de sa grand-mère mais les deux femmes s’obstinent à le lui cacher : « Ce jour viendra, ne t’inquiète pas, ce jour viendra et il ne sera pas bienheureux pour toi ». C’est par son ami Louis, documentariste, qu’elle va enfin apprendre la vérité à travers un film où il interviewe sa propre mère Flora, incarcérée pendant la guerre d’Algérie pour avoir milité en faveur de l’indépendance, mais également Noria.

Les parents de Louis hébergent Omer, un journaliste algérien réfugié en France ; le jeune homme va entraîner Amel dans Paris pour une visite des lieux où les opposants algériens ont été réprimés ou tués (prison de la Santé, place de la République…)

Dans le reportage de Louis, Amel voit sa propre mère raconter ce qui s’est passé lors de la manifestation du 17 octobre 1961. D’autres personnes témoignent comme ce ‘harki de Papon’ (qui était alors le Préfet de police de Paris) qui avoue : « On a tiré sur des manifestants. On a jeté des manifestants dans la Seine ». Amel est bouleversée lorsqu’elle apprend que son propre grand-père a été arrêté ce jour d’octobre 61 puis expulsé définitivement de la France vers l’Algérie. En compagnie d’Omer, elle décide de partir pour l’Egypte… où ils vont par hasard retrouver Louis qui travaille sur un nouveau projet cinématographique.

La Seine était rouge est un roman qui est destiné avant tout aux adolescents mais il pourrait éclairer bon nombre de personnes sur cet épisode noir de l’histoire de France qui reste encore très obscur (on ne sait toujours pas officiellement combien de manifestants sont morts ce 17 octobre 1961). La construction sous forme de témoignages convient parfaitement au sujet mais la comparaison avec l’histoire actuelle de l’Algérie – à travers l’histoire d’Omer – semble plus difficile à saisir pour des adolescents. On déplorera également une certaine ‘lourdeur’ dans l’idée du voyage en Egypte et de la transformation d’Amel en héroïne grecque enterrant ses frères. Leïla Sebbar qui a publié de nombreux autres ouvrages traitant du même sujet (Une enfance algérienne, Folio, Je ne parle pas la langue de mon père, Fayard) nous livre un roman fort qui s’adresse cependant à des lecteurs suffisamment au fait des relations entre la France et l’Algérie ces dernières décennies pour en apprécier toutes les subtilités.

Anne Weber
(novembre 2003)

http://www.editions-thierry-magnier.com

http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/moderne/sebbar/sebbar

http://www.limag.refer.org/Volumes/Sebbar.htm

http://dzlit.free.fr/sebbar.html