Sept Filles
Editions Thierry Magnier, 2003
Collection Romans / Nouvelles adultes

 

Quand l'Algérie se décline au féminin

Ces sept nouvelles forment la fresque féminine d'un monde à la fois proche et lointain ; Leïla Sebbar y raconte l'enfermement, la révolte ou la soumission de femmes souvent déracinées, dépouillées de leurs repères familiaux, culturels ou sociaux, voire de leur propre identité et de leur image, comme la jeune fille, qui a choisi de porter le "hijeb", photographiée à son insu sur un quai de métro parisien ou ces villageoises forcées de s'exposer au regard d'un photographe mandaté par l'armée française.

Regards diachroniques portés sur la femme algérienne, ces nouvelles sont de poignants instantanés : une petite marchande d'oranges devenue prostituée dans une maison qui a tout de la cage dorée, tenue par la très affectueuse "Maîtresse", mais qui rêve de s'enfuir (La fille de la maison close), une petite fille poursuivie par des soldats (La fille dans l'arbre), une maquisarde qui fait le désespoir de sa mère (La fille avec des Pataugas), une prisonnière pour vols à la tire (La fille en prison), une sportive enlevée par des islamistes (La fille des collines), ou encore des villageoises terrifiées durant la guerre d'Algérie (La fille et la photographie) ; un récit dans lequel on trouve aussi une immigrée qui ne peut oublier la tragédie de l'exil forcé et qui tente de transmettre son histoire à sa fille : "Elle raconte, les mots ne lui manquent pas, sa voix est lente et profonde. Elle parle longtemps. L'enfant suit, dans la chambre close, les mots de sa mère, les mots violents de l'enfance algérienne dans le village des Hauts Plateaux."

Pudeur et émotion sont les clés de ces récits engagés qui murmurent (mais avec ténacité) un droit à la différence et évoquent des existences broyées, le plus souvent par les hommes et la guerre. Leïla Sabbar adopte un ton résolument neutre, préférant dresser des portraits individuels plutôt que de dénoncer ouvertement (comme dans La fille au hijeb, qui oppose deux ensembles de valeurs divergentes qui cohabitent difficilement) ; mais sa prose sait aussi se faire poétique, tout particulièrement dans La fille dans l'arbre, où les événements sont uniquement perçus par un arbre centenaire, émouvant narrateur, réplique de l'auteure elle-même ("Je connais les femmes et les saisons de leur vie, chagrin, mélancolie, angoisse, bonheur." dit-il) ou encore dans La fille de la maison close, qui recrée l'indolence, la luxure et l'illusoire volupté d'un monde perdu (l'Algérie française du début du XXe siècle) et évoque "le peintre français des Femmes d'Alger".

B.Longre
(mai 2003)

http://www.editions-thierry-magnier.com

http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/moderne/sebbar/sebbar.introduction.html

http://www.limag.refer.org/Volumes/Sebbar.htm

http://dzlit.free.fr/sebbar.html