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Quand
l'Algérie se décline au féminin
Ces sept nouvelles
forment la fresque féminine d'un monde à la fois proche
et lointain ; Leïla Sebbar y raconte l'enfermement, la révolte
ou la soumission de femmes souvent déracinées, dépouillées
de leurs repères familiaux, culturels ou sociaux, voire de
leur propre identité et de leur image, comme la jeune fille,
qui a choisi de porter le "hijeb", photographiée
à son insu sur un quai de métro parisien ou ces villageoises
forcées de s'exposer au regard d'un photographe mandaté
par l'armée française.
Regards diachroniques
portés sur la femme algérienne, ces nouvelles sont
de poignants instantanés : une petite marchande d'oranges
devenue prostituée dans une maison qui a tout de la cage
dorée, tenue par la très affectueuse "Maîtresse",
mais qui rêve de s'enfuir (La fille de la maison close),
une petite fille poursuivie par des soldats (La fille dans l'arbre),
une maquisarde qui fait le désespoir de sa mère (La
fille avec des Pataugas), une prisonnière pour vols
à la tire (La fille en prison), une sportive enlevée
par des islamistes (La fille des collines), ou encore des
villageoises terrifiées durant la guerre d'Algérie
(La fille et la photographie) ; un récit dans lequel
on trouve aussi une immigrée qui ne peut oublier la tragédie
de l'exil forcé et qui tente de transmettre son histoire
à sa fille : "Elle raconte, les mots ne lui manquent
pas, sa voix est lente et profonde. Elle parle longtemps. L'enfant
suit, dans la chambre close, les mots de sa mère, les mots
violents de l'enfance algérienne dans le village des Hauts
Plateaux."
Pudeur et émotion
sont les clés de ces récits engagés qui murmurent
(mais avec ténacité) un droit à la différence
et évoquent des existences broyées, le plus souvent
par les hommes et la guerre. Leïla Sabbar adopte un ton résolument
neutre, préférant dresser des portraits individuels
plutôt que de dénoncer ouvertement (comme dans La
fille au hijeb, qui oppose deux ensembles de valeurs divergentes
qui cohabitent difficilement) ; mais sa prose sait aussi se faire
poétique, tout particulièrement dans La fille
dans l'arbre, où les événements sont uniquement
perçus par un arbre centenaire, émouvant narrateur,
réplique de l'auteure elle-même ("Je connais
les femmes et les saisons de leur vie, chagrin, mélancolie,
angoisse, bonheur." dit-il) ou encore dans La fille
de la maison close, qui recrée l'indolence, la luxure
et l'illusoire volupté d'un monde perdu (l'Algérie
française du début du XXe siècle) et évoque
"le peintre français des Femmes d'Alger".
B.Longre
(mai 2003)

http://www.editions-thierry-magnier.com
http://clicnet.swarthmore.edu/litterature/moderne/sebbar/sebbar.introduction.html
http://www.limag.refer.org/Volumes/Sebbar.htm
http://dzlit.free.fr/sebbar.html
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