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D'entrée
de jeu, Lee Seung-U, écrivain coréen né en
1959, avertit le lecteur que l'être qu'il recherche dès
la première partie de son roman (intitulée " À
la recherche d'un auteur "), c'est lui-même : " La vérité
naît de la fiction. […] Aucun doute, le roman est bien toujours
une autobiographie ". Mais la proposition, ici, se renverse
aisément : si autobiographie il y a, elle se lit comme un
roman.
Roman sur la vie, roman sur la littérature, autofiction,
autographie… La trame est celle d'une formation, d'une éducation,
d'une exploration progressive de la vie, des livres, de l'amour
par un jeune garçon enclin à la solitude et à
la souffrance, à l'introspection et à la révolte,
à l'idéalisme et au désespoir, bien qu'il se
défende de tout " romantisme ". Cherchant la présence
interdite du père, il la découvre trop tard, après
avoir involontairement provoqué sa mort. Trop tardive aussi,
la réapparition implorante et pitoyable de la mère
qui ne pourra jamais combler les abîmes du passé. C'est
donc vers une figure féminine idéalisée qu'il
se tournera, figure quasiment sanctifiée, d'un poids divin
qui pèsera trop lourd sur les épaules de la jeune
femme élue, aimée à la folie. Après
celui de l'enfance, c'est l'échec de l'amour, d'un amour
excessif et excessivement exigeant. La quête initiatique s'avère
négative, mais elle s'opère tout de même, chaotiquement,
frénétiquement, désespérément.
Car la double découverte est celle de la lecture, puis de
l'écriture ; écrire, c'est vivre, semble se dire Pak
Pukil, le jeune garçon devenu jeune écrivain.
Cette découverte,
nous la faisons en même temps que lui, à travers ses
écrits dont beaucoup se réclament d'André Gide
(le premier livre, inachevé, s'intitule Les nourritures terrestres).
La narration est reconstitution, dans un cadre romanesque précis ;
du roman initiatique, elle a toutes les caractéristiques ;
récit d'une jeunesse dans un contexte référentiel
(les troubles de la vie politique en Corée), au milieu de
débats idéologiques et théologiques, passage
de la vie rurale à la vie citadine, expression de sentiments
contradictoires, illusions et désillusions… Mais cette reconstitution
biographique est à la réflexion une reconstitution
bibliographique. " Pour rencontrer l'auteur, le lecteur doit
entrer dans le livre. […] S'il n'y a pas de roman, il n'y a pas
de réalité non plus ". Voilà qui éclaire
le titre. Ce qui se construit sous nos yeux, c'est autant un écrit
qu'un vécu ; le personnage qui prend consistance et se nourrit
de tout, c'est le livre ; le protagoniste, anti-héros désespérant,
se mue en espérance d'œuvre, et la conclusion que le lecteur
peut se proposer n'est plus " écrire, c'est vivre ", mais
" vivre, c'est écrire ".
Jean-Pierre
Longre
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il a participé à l'édition des romans de Queneau
dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Les éditions Zulma
http://www.zulma.fr
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