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Un
appétit d’enfer… sur les traces des nourritures
interdites
Même les
moins gourmands des lecteurs aimeront ces jardins et cuisines et
prendront goût aux diableries… Tout est ici délectable
: le savoir encyclopédique de l’auteur, son humour,
omniprésent, et son talent pour capter l’attention
de nos esprits et de nos corps plus que rassasiés. Cet ouvrage,
loin d'être une énième compilation de recettes,
se lit comme un roman ou une suite d’histoires : véritable
aventure des sens et de l'esprit, Jardins et cuisines
du Diable est une merveilleuse fresque culinaire,
sociale et humaine, un parcours qui traverse les époques
et se joue des frontières, à la découverte
des nourritures terrestres, des habitudes de table ou des aliments
interdits ou diabolisés à un moment ou à un
autre dans l’histoire de l’humanité.
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A
travers nombre d’anecdotes historiques, de mythes ou
de légendes, d’analyses littéraires (de
Margaret Atwood à
Gogol, en passant par Joyce ou Aristophane),
ethnologiques, voire géopolitiques (avec entre autres
l'affaire du cochon haïtien...) et de récits de
ses propres pérégrinations, Stewart Lee Allen
élabore une étude (presque exhaustive), qui
nous mène de la Rome antique aux Aztèques, du
monde musulman aux confins du Canada ; le fil conducteur,
on s’en doutait, consistant à classer les interdits,
us et coutumes alimentaires par péché…
Les sept péchés capitaux, tels qu’ils
sont énoncés par les chrétiens, constituent
en effet un excellent point de départ, l’introduction
précisant très justement que « l’histoire
de la nourriture ne peut être dissociée de la
notion de tabou alimentaire. ». |
En vrac, et
pour nous mettre en appétit, nous apprenons tout ce qu’il
faut savoir sur : le fameux «fruit défendu» (certainement
pas une pomme…), l’art de lire l’avenir dans les
abats de cochon d’Inde, les horrifiants menus que s’imposaient
les saintes, divers aphrodisiaques (dont le chocolat, véritable
viagra pour le marquis de Sade), la terrible discrimination dont
les catholiques frappèrent (entre autres choses) la si belle
tomate, les pratiques dites géophagiques ou encore les dangers
que le « pain mollet » représentait aux yeux
des aristocrates français, si le peuple se mettait en tête
d’en consommer…(le pain constituant « un parfait
baromètre des névroses françaises »
!). Mais les groupes humains chez lesquels on répertorie
le plus grand nombre d’interdits alimentaires sont assurément
les Hindous et les Juifs traditionalistes (qui « partagent
surtout le sentiment profond d’un lien entre nourriture, pureté
et moralité. »), même si l’auteur
retrace aussi dans le détail les discriminations alimentaires
entretenues par les Américains (en particulier à l’égard
des… Indiens et des Noirs.) Car la nourriture est aussi «
mère de toutes les exclusions » ou encore
un formidable «outil de contrôle » :
« malgré le fossé technologique qui sépare
l’Amérique d’aujourd’hui de la Sparte antique,
le principe reste le même : créer une classe ouvrière
idéale en contrôlant son alimentation»…
et l’invention du fast-food en est un exemple flagrant.
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Toute nourriture, absorbée ou non, possède sa
symbolique et sa fonction, inextricablement liées à
une culture singulière, et au-delà des anecdotes,
l’ouvrage prend peu à peu l’allure d’un
véritable manuel ethnologique, catalogue intelligent
et raisonné de l’inventivité humaine (en
particulier à travers quelques recettes étonnantes),
mais aussi des intolérances et du racisme : «Je
suis ce que je mange et, si vous ne mangez pas comme moi –
ou si vous n’aimez pas ce que je mange – vous
êtes mon ennemi. » glose l’auteur,
montrant par là comment la nourriture peut aussi galvaniser
le repli identitaire et s'inscrire dans des mouvements de
rejet de l'altérité. Et si Stewart Lee Allen
ne cesse de mettre son érudition à contribution,
c’est en grande partie pour dénoncer joyeusement
à la fois les interdits alimentaires et les idées
reçues – à la source de toute intolérance
– et pour mieux défendre le respect mutuel des
convives ainsi que la liberté de manger à sa
guise : «Le plus grand plaisir de l’homme
ne consiste-t-il pas précisément à enfreindre
les règles ?» |
Blandine
Longre
(février 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

http://www.autrement.com
http://www.bbc.co.uk/bbcfour/books/readers/clips/
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