Le Cid
Pierre Corneille
Mise en scène d’Alain Ollivier

Nuits de Fourvière, Lyon, du 13 au 17 juin 2007

 

 


Avec John Arnold, Thibaut Corrion, Fabrice Farchi, Philippe Girard, Matthieu Marie, Mallik Rumeau, Claire Sermonne, Bruno Sermonne, Irina Solano, Myriam Tadessé, Stéphane Valensi
Assistant mise en scène : Malik Rumeau
Scénographie : Daniel Jeanneteau
Assistant scénographie : Mathieu Dupuy
Lumière : Marie-Christine Soma
Costumes : Florence Sadaune

Une coproduction Théâtre Gérard Philipe / Centre Dramatique National de Saint Denis, Les Nuits de Fourvière, La Filature / Scène nationale de Mulhouse, Maison de la Culture d’Amiens / Scène nationale.

Le piège du Cid


Si les grandes œuvres contiennent la possibilité de leur propre dépassement, si elles élèvent l’esprit qui s’y livre, si elles lui offrent un élan vers un au-delà d’elles-mêmes, le risque n’en est pas moins grand, a posteriori, pour l’esprit qui a longtemps puisé dans l’œuvre, de l’appréhender comme de haut, avec le regard torve de la familiarité. Aussi est-il extrêmement délicat de se confronter au Cid aujourd’hui.
Dans une terne économie de décor (des murs de planches), armé de costumes sans fraîcheur, et entouré d’une troupe hétéroclite, Alain Ollivier s’aventure dans le piège du Cid avec une absence de parti pris tissue d’immobilisme et de solennité. Rares audaces interprétatives, le père de Rodrigue est un vieux fou détonant (Bruno Sermonne), et le Roi (John Arnold) un petit monsieur goguenard qui n’inspire guère le respect ; mais, à l’instar de la fougue presque baroque de Rodrigue (Thibaut Corrion), dont la jeunesse ouvre volontiers la porte à l’improbable, la pièce gagne peu de ces facéties (l’heure est à la litote ?). Seule Chimène (Claire Sermonne) acquiert un relief tragique convaincant, tandis que les autres personnages semblent figés sous l’emprise d’un alexandrin souvent lent. Face au danger de prendre le drame à la légère, et de s’enferrer dans l’alliage de simplicité dramatique (le dilemme cornélien) et d’excès tragiques (Chimène tranchera-t-elle la tête de Rodrigue ?), Alain Ollivier veut trouver refuge dans la soumission à la langue classique, flots réguliers dans lesquels l’amour et l’honneur se diluent ensemble, avec ici pour écume la bizarrerie, plutôt que l’extraordinaire.

Nicolas Cavaillès
(juin 2007)

 

http://www.nuitsdefourviere.org/