|
Avec John Arnold, Thibaut Corrion, Fabrice Farchi, Philippe Girard,
Matthieu Marie, Mallik Rumeau, Claire Sermonne, Bruno Sermonne,
Irina Solano, Myriam Tadessé, Stéphane Valensi
Assistant mise en scène : Malik Rumeau
Scénographie : Daniel Jeanneteau
Assistant scénographie : Mathieu Dupuy
Lumière : Marie-Christine Soma
Costumes : Florence Sadaune
Une coproduction Théâtre Gérard Philipe / Centre
Dramatique National de Saint Denis, Les Nuits de Fourvière,
La Filature / Scène nationale de Mulhouse, Maison de la Culture
d’Amiens / Scène nationale.
Le
piège du Cid
Si les grandes œuvres contiennent la possibilité de
leur propre dépassement, si elles élèvent l’esprit
qui s’y livre, si elles lui offrent un élan vers un
au-delà d’elles-mêmes, le risque n’en est
pas moins grand, a posteriori, pour l’esprit qui a longtemps
puisé dans l’œuvre, de l’appréhender
comme de haut, avec le regard torve de la familiarité. Aussi
est-il extrêmement délicat de se confronter au Cid
aujourd’hui.
Dans une terne économie de décor (des murs de planches),
armé de costumes sans fraîcheur, et entouré
d’une troupe hétéroclite, Alain Ollivier s’aventure
dans le piège du Cid avec une absence de parti pris tissue
d’immobilisme et de solennité. Rares audaces interprétatives,
le père de Rodrigue est un vieux fou détonant (Bruno
Sermonne), et le Roi (John Arnold) un petit monsieur goguenard qui
n’inspire guère le respect ; mais, à l’instar
de la fougue presque baroque de Rodrigue (Thibaut Corrion), dont
la jeunesse ouvre volontiers la porte à l’improbable,
la pièce gagne peu de ces facéties (l’heure
est à la litote ?). Seule Chimène (Claire Sermonne)
acquiert un relief tragique convaincant, tandis que les autres personnages
semblent figés sous l’emprise d’un alexandrin
souvent lent. Face au danger de prendre le drame à la légère,
et de s’enferrer dans l’alliage de simplicité
dramatique (le dilemme cornélien) et d’excès
tragiques (Chimène tranchera-t-elle la tête de Rodrigue
?), Alain Ollivier veut trouver refuge dans la soumission à
la langue classique, flots réguliers dans lesquels l’amour
et l’honneur se diluent ensemble, avec ici pour écume
la bizarrerie, plutôt que l’extraordinaire.
Nicolas
Cavaillès
(juin
2007)

http://www.nuitsdefourviere.org/
|