Poèmes sans queue ni tête
d’après Edward Lear
illustrations de Henri Galeron
Motus, 2004

Prix Lire et Faire Lire du "Printemps des poètes" 2006

 

 

« C’était un poète
Qui n’était pas bête… »

François David adapte dans ce recueil quelques extravagances d’Edward Lear, célèbre écrivain anglais du dix-neuvième siècle. L’ouvrage original A book of nonsense comporte plus d’une centaine de fantaisies dont l’auteur assurait lui-même les illustrations. Dans le présent florilège, Henri Galeron, habitué de la collection Pommes Pirates Papillons, accompagne à sa façon les vingt-trois textes choisis.

Toutes ces histoires présentent d’abord un personnage, homme, femme ou enfant, et l’auteur en décline aussitôt une qualité, un trait de caractère, un goût, une manie, une particularité physique. Puis, induites par les sonorités, les idées naissent et s’enchaînent, tout est permis et mène à l’absurde, à l’irréel, à l’inconcevable. La grande sœur de Charlotte aime les fourmis en compote, une enfant du printemps au fond de l’océan lave des poissons avec du savon, une fille allumée aux étranges idées met du pétrole dans une casserole, le père sévère nourrit ses fils et Alice de limaces qu’ils mangent avec des grimaces. Le poète pas bête à la voix d’alouette habite avec les chouettes et, jouant de la plume, compose pour sa belle et se sent pousser des ailes.

Pour chaque cocasserie, l’illustrateur mêle la personne à l’objet cité ou à l’animal rencontré et son dessin confine au fantastique. Le poète a vraiment l’air chouette avec sa coiffure à ailettes et ses grosses lunettes rondes, le doux vieillard aux bretelles se prend pour une hirondelle et en acquiert la silhouette. L’auteur aime jouer du physique et de la démesure : le nez de ce très brave homme est long comme soixante-dix-neuf pommes, la fille de Tournon se sert de son menton comme d’une baguette de majorette. Au-delà de l’absurde, le propos se révèle parfois hardi : les ronds de fumée sont des chaises percées pour le sacré type fumeur de pipe. Et si le comique est de mise, la détresse s’en mêle parfois : l’homme fier attend le train sur les rails du chemin de fer, allongé de toute sa taille.

Ces situations rocambolesques, revisitées et imprimées sur papier recyclé, respectent un certain schéma, comme dans les poèmes originaux d’Edward Lear qui commencent tous par «There was… » et se déroulent en cinq vers ; les adaptations de François David en comportent six mais s’ouvrent avec la même formule « C’était… » et les rimes vont classiquement deux par deux. Henri Galeron joue le rythme ; chaque texte est annoncé ou ponctué d’une petite illustration, il est aussi accompagné d’une grande scène où se mélangent tous les ingrédients de la farce. Quelques dessins sur double page évoquent une course poursuite, celle du veau qui veut brouter le manteau épinard de la fille de Clamart, ou la démesure, telle l’enjambée de ce phénomène aux jambes comme des baleines. Le trait représente les hommes, les animaux et les objets avec un grand réalisme ; la libre composition de leurs éléments crée le charme, provoque le sourire, rajoute de l’absurde. Le contraste entre les délires des situations et la forme équilibrée des textes et du recueil contribue à la surprise et au plaisir du lecteur qui se prend au jeu. Et quand, après les vingt-trois poèmes, Henri Galeron propose un dernier dessin sans légende, on essaie même d’imaginer quelques rimes convenables.

« Ça n’existe pas, ça n’existe pas, eh ! pourquoi pas ? » disait chez nous Robert Desnos. Les poèmes sans queue ni tête inspirés par Edward Lear se lisent et se relisent avec délice, pour ne pas garder les pieds sur terre et s’évader, pour libérer l’imaginaire et croire un moment que tout est possible. François David, poursuivant son habituel hommage aux mots, joue et compose avec eux pour notre bonheur, traduisant avec succès le délire du poète anglais, un délire qui donne du plaisir…

Martine Falgayrac
(janvier 2005)

Martine Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

se procurer l'ouvrage
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Poemes-sans-queue-ni-tete.html

http://www.editions-motus.com

http://www.printempsdespoetes.com/

http://www.lireetfairelire.org/

Pour lire tous les « Nonsense poems » : http://www.nonsenselit.org/Lear/BoN