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«
C’était un poète
Qui n’était pas bête… »
François
David adapte dans ce recueil quelques extravagances
d’Edward Lear, célèbre écrivain
anglais du dix-neuvième siècle. L’ouvrage original
A book of nonsense comporte plus d’une
centaine de fantaisies dont l’auteur assurait lui-même
les illustrations. Dans le présent florilège, Henri
Galeron, habitué de la collection Pommes Pirates
Papillons, accompagne à sa façon les vingt-trois
textes choisis.
Toutes ces histoires
présentent d’abord un personnage, homme, femme ou enfant,
et l’auteur en décline aussitôt une qualité,
un trait de caractère, un goût, une manie, une particularité
physique. Puis, induites par les sonorités, les idées
naissent et s’enchaînent, tout est permis et mène
à l’absurde, à l’irréel, à
l’inconcevable. La grande sœur de Charlotte
aime les fourmis en compote, une enfant du printemps
au fond de l’océan lave des poissons
avec du savon, une fille allumée aux étranges
idées met du pétrole dans une casserole,
le père sévère nourrit ses fils
et Alice de limaces qu’ils mangent avec des grimaces.
Le poète pas bête à la voix
d’alouette habite avec les chouettes et,
jouant de la plume, compose pour sa belle et se sent pousser
des ailes.
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Pour chaque cocasserie, l’illustrateur mêle la
personne à l’objet cité ou à l’animal
rencontré et son dessin confine au fantastique. Le
poète a vraiment l’air chouette
avec sa coiffure à ailettes et ses grosses
lunettes rondes, le doux vieillard aux bretelles
se prend pour une hirondelle et en acquiert la silhouette.
L’auteur aime jouer du physique et de la démesure
: le nez de ce très brave homme est long comme
soixante-dix-neuf pommes, la fille de Tournon
se sert de son menton comme d’une baguette
de majorette. Au-delà de l’absurde,
le propos se révèle parfois hardi : les ronds
de fumée sont des chaises percées
pour le sacré type fumeur de pipe.
Et si le comique est de mise, la détresse s’en
mêle parfois : l’homme fier attend le
train sur les rails du chemin de fer, allongé
de toute sa taille. |
Ces situations
rocambolesques, revisitées et imprimées sur papier
recyclé, respectent un certain schéma, comme dans
les poèmes originaux d’Edward Lear qui commencent tous
par «There was… » et se déroulent
en cinq vers ; les adaptations de François David en comportent
six mais s’ouvrent avec la même formule «
C’était… » et les rimes vont classiquement
deux par deux. Henri Galeron joue le rythme ; chaque texte est annoncé
ou ponctué d’une petite illustration, il est aussi
accompagné d’une grande scène où se mélangent
tous les ingrédients de la farce. Quelques dessins sur double
page évoquent une course poursuite, celle du veau qui veut
brouter le manteau épinard de la fille de Clamart,
ou la démesure, telle l’enjambée de ce phénomène
aux jambes comme des baleines. Le trait représente
les hommes, les animaux et les objets avec un grand réalisme
; la libre composition de leurs éléments crée
le charme, provoque le sourire, rajoute de l’absurde. Le contraste
entre les délires des situations et la forme équilibrée
des textes et du recueil contribue à la surprise et au plaisir
du lecteur qui se prend au jeu. Et quand, après les vingt-trois
poèmes, Henri Galeron propose un dernier dessin sans légende,
on essaie même d’imaginer quelques rimes convenables.
«
Ça n’existe pas, ça n’existe pas, eh !
pourquoi pas ? » disait chez nous Robert Desnos. Les
poèmes sans queue ni tête inspirés
par Edward Lear se lisent et se relisent avec délice, pour
ne pas garder les pieds sur terre et s’évader, pour
libérer l’imaginaire et croire un moment que tout est
possible. François David, poursuivant son habituel hommage
aux mots, joue et compose avec eux pour notre bonheur, traduisant
avec succès le délire du poète anglais, un
délire qui donne du plaisir…
Martine
Falgayrac
(janvier 2005)
Martine
Falgayrac, enseignante en cycle 2 dans une école
élémentaire lyonnaise, est passionnée par l'apprentissage
de la lecture. Cherchant à en communiquer aussi le goût
et les plaisirs, elle puise dans la presse et la littérature
jeunesse des supports variés et attractifs pour accompagner
et motiver les enfants dans leurs découvertes. Elle collabore
activement à Sitartmag depuis décembre 2003.

se
procurer l'ouvrage
http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/Poemes-sans-queue-ni-tete.html
http://www.editions-motus.com
http://www.printempsdespoetes.com/
http://www.lireetfairelire.org/
Pour
lire tous les « Nonsense poems » : http://www.nonsenselit.org/Lear/BoN
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