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J’ai deux amours…
Elsa, 18 ans,
arrive à Paris afin d’étudier la littérature
(accessoirement) et surtout tenter de sauver le couple déjà
« vieux » qu’elle forme avec Louis, son
premier « grand » amour, connu cinq ans plus
tôt au lycée. Car tandis qu’Elsa est convaincue
de toujours l’aimer, Louis semble s’être muré
dans une indifférence qui ne fait qu’accroître
le mutisme et l’angoisse de la jeune fille – incapable
de rompre ce statu quo, de le quitter, de le libérer, de
passer à autre chose. Ils ne s’installent pas ensemble,
vivent chacun de leur côté dans la même rue du
quartier latin ; et même si, imperceptiblement, tout a changé
entre eux, ils continuent de se voir chaque jour, par la force de
l’habitude, sans qu’il ne se passe plus grand-chose
– hormis la lente agonie de leur histoire.
Puis tout change à nouveau. Du moins c’est ce que croit
Elsa, quand elle découvre par hasard l’ancienne demeure
du « révolutionnaire de son adolescence »,
Boris Vian (auquel Louis en personne l’avait initiée)
et qu’on lui propose un travail (non rémunéré
mais suffisamment gratifiant intellectuellement et émotionnellement)
: ranger la bibliothèque de feu l’auteur, répertorier
ses ouvrages, en dresser la liste. Aussi, les six mois suivants,
Elsa aura chaque vendredi « rendez-vous » avec
Boris, avalant des tonnes de poussière, classant les livres
sans relâche, croyant (à tort) que cette aventure lui
permettra de « réapprivoiser » Louis…
Mais plus ce dernier lui échappe, plus elle se raccroche
à Boris – un cercle vicieux qui revient comme un leitmotiv,
habilement repris lors du dénouement (la "chute"),
à l'instar d'une ritournelle qui semble ne pas avoir de fin.
La vie, « avare et sordide », n’est pas
un roman, et pourtant, Elsa vit le réel comme une fiction
– un réel peuplé d’images qui ressemblent
fort à des clichés nostalgiques, quand par exemple
elle se souvient du Louis de sa « jeunesse »
(« Je l’aimais parce qu’il était beau
à se damner. Il était grand, il était fort,
il mettait des gros pulls en laine l’hiver et des tee-shirts
élimés l’été.»), incarnation
du héros romantique ; en sépia ou en couleurs quand
elle est près de Boris, qui prend corps (bientôt littéralement)
à travers les livres lui ayant appartenu… Se comportant
en véritable groupie, se nourrissant de fantasmes et d’hallucinations
(mais en est-ce ?) dont elle évite de parler à son
entourage, elle se dit qu’il est plus facile d’aimer
un mort qu’un vivant, que mieux vaut peut-être se détacher
du monde et rêver Vian comme il le mérite, afin d’exister
dans un éternel poème. La narratrice perd le sens
des réalités mais jamais totalement pied, demeurant
suffisamment lucide pour nous accueillir dans son univers vianesque,
fantasque et cohérent, où tout fait sens malgré
tout.
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Le
roman se construit autour d’une personnalité
d’emblée très attachante, trouble et
troublée, et dont la légèreté
désinvolte cache bien des souffrances sans toutefois
nous leurrer ; elle nous fait partager « sa »
réalité avec tant de naturel que l’empathie
fonctionne de bout en bout et que rien ne nous surprend
vraiment, tandis que l’on goûte chaque phrase
de ce texte écrit dans une langue riche et inventive,
pleine d’une poésie faite de ruptures fantaisistes
et de retours sur elle-même. Une posture qui prend
le contre-pied d’une vision pragmatique et «
carrée » de l’existence, la narratrice
s’opposant aux pseudo idéaux politiques que
ses parents trotskystes (qui lui ont pourtant transmis la
«révolution permanente ») ressassent
depuis des années, tout en vivotant en médiocres.
Quelques passages savoureusement ironiques mettent en scène
la jeune fille et ses géniteurs inquiets pour elle,
qui font montre d’un autoritarisme anachronique (alors
qu’eux-mêmes ne présentent pas un équilibre
psychologique exemplaire…)
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Histoire d’un
premier désamour, d’un amour qui n’en finit pas
de finir et qui se métamorphose en attachement surnaturel
à un auteur auquel le roman rend hommage avec intelligence
(et érudition, soulignons-le), Boris Vian et
moi mêle habilement roman d’apprentissage
et quête amoureuse, certes désespérée,
mais ni morose, ni morbide, sur laquelle veille tendrement, on imagine,
l’âme de l’artiste disparu trop tôt.
B.
Longre
(décembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice
et critique littéraire, elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

L'auteure
http://www.editions-sarbacane.com
http://www.exprim-forum.com
dans
la même collection
La fille du papillon d'Anne Mulpas
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B. de
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Les
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La vie
rêvée de Mademoiselle S. de Samira El Ayachi
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