César Capéran ou la Tradition
Louis Codet

Le Rocher, Coll. « Motifs » n°303, 2008

 

 

La tradition, le mystère, le style

Mort à trente-huit ans des suites d’une blessure reçue en 1914 sur le front belge, Louis Codet n’a pas eu le temps de livrer de grande œuvre à la mesure de son talent. Mais écrire un roman-fleuve était-il son ambition ? L’homme préférait apparemment tracer des portraits tout en finesse, nimbés du mystère simple de la vie. Son César Capéran n’échappe pas à ce parti pris de concision et d’effleurement, qu’on aurait tort de confondre avec de la superficialité.
Débarquant de son Sud natal à Paris, Capéran élit ses quartiers au Café Vachette, où il cultive, en plein cœur de l’effervescence métropolitaine, la suprême extravagance du silence et de l’immobilité. Esprit contemplatif, il s’absorbe en d’insondables songeries qui le ramènent immanquablement à l’invocation des figures tutélaires qui constituent son panthéon personnel : Bossuet, Pascal, Diderot et le peintre Poussin. Un tournebroche éclectique de beaux esprits qui, d’après notre Taciturne, sont les tenants ultimes de la Tradition française. Mais il n’en dira guère plus à ce sujet…

Osant aller à la rencontre de ce personnage, le narrateur se met en tête de percer son mystère : pourquoi diantre ce Gascon est-il venu se perdre si loin de son vénéré terroir, dans une atmosphère qui correspond finalement très peu à son tempérament ? Il faudra avant de le découvrir, se hausser sur un tabouret posé en équilibre sur des annuaires, ingérer quelques tranches de pain bis au foie gras et déboucher dans un musée qui ne contient guère que quatre grandes assiettes de faïence. Le voile se lèvera alors, au terme de cent pages qui font l’effet bienfaisant d’une goulée de grand air.

Frédéric Saenen
(mars 2008)

Frédéric Saenen, licencié en philologie romane, professeur de français-langue étrangère, auteur et poète, collabore à de nombreuses revues de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et en France et participe régulièrement à des lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric Dufoing, il anime Jibrile, revue de critique littéraire et politique.

 

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