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L’âme roumaine
Professeur à
l’Université de Bucarest, Lucian Boia est l’un
des grands historiens roumains actuels. Toutefois son ouvrage, version
revue et actualisée d’une première édition
de 2001, n’est pas seulement une histoire de la Roumanie.
Certes, depuis les origines un peu énigmatiques, en tout
cas disputées, jusqu’à notre époque et
à l’adhésion à l’Union européenne,
l’auteur ne manque pas, dans une vaste première moitié,
d’expliquer « comment s’est faite la Roumanie
», « île latine » à la croisée
de plusieurs cultures et civilisations, en insistant sur la période
moderne et contemporaine (au XIXe siècle, l’unité
des principautés et la création de la nation roumaine
; le riche et ambigu entre-deux-guerres ; la période communiste,
disséquée dans son fonctionnement ; le début
du XXIe siècle, « moment crucial » pour les Roumains).
Panorama chronologique
donc, contenant aussi quelques données statistiques éclairantes,
mais parsemé de témoignages personnels (l’historien
est aussi un témoin de ce temps où, aux noires années
du régime de Ceausescu, a succédé la période
troublée, instable de l’installation du capitalisme
et de la démocratie). Surtout, le lecteur a conscience de
pénétrer dans le réseau complexe et le caractère
« imprévisible » de l’âme roumaine,
d’explorer une contrée dont les mœurs et les valeurs
reflètent la position géographique, entre Orient et
Occident, aux limites d’une Europe dont elle fait pourtant
pleinement partie. L’auteur insiste avec raison sur les liens
privilégiés que la Roumanie a entretenus et entretiennent
toujours (malgré l’américanisation ambiante)
avec l’Europe occidentale, en particulier avec la France,
sur tous les plans : linguistique, culturel, politique, économique…
Les grandes personnalités (le «Panthéon »)
auxquelles il consacre un chapitre l’atteste, de même
que la « promenade à Bucarest » à laquelle
il en consacre un autre.
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Il
y a là un travail d’historien scrupuleux qui,
sans nier sa subjectivité, fait œuvre (salutaire)
de vérité objective et distanciée. Que
ce soit à propos des mythes des origines, des rapports
des Roumains avec leurs minorités ou avec les étrangers,
de la « révolution » de 1989, aucune question,
aussi complexe et difficile soit-elle, n’est éludée
; chaque problème est traité avec précision,
l’analyse fait état des différentes prises
de position et des explications diverses, pour déboucher
régulièrement sur une synthèse lucide.
Lucian Boia a en outre le sens de la formule (parfois teintée
d’humour), qui lui fait dire par exemple, à propos
du grand « poète national » et du plus
célèbre auteur de comédies : «
Avec Eminescu et Caragiale, les Roumains ont tout dit sur
eux ».
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La Roumanie,
on l’aura compris en lisant ce livre précieux, ce livre
qui finalement dit à son tour tout l’essentiel, est
bien un pays « à la frontière » des espaces
géopolitiques et culturels, « à la frontière
» du temps, entre deux ères, entre deux systèmes
de vie. C’est aussi un pays dont on ne peut, dont on ne pourra
se passer ; son rôle majeur sur le plan international est
clairement défini dans les dernières lignes de l’ouvrage
: « La Roumanie a besoin de l’Europe, puisqu’il
n’y a que dans le cadre européen qu’elle peut
trouver la stabilité et connaître le développement.
Mais l’Europe aussi a besoin de la Roumanie. Latins, mais
orthodoxes, tentés par l’Occident, mais non moins jaloux
de leur différence, les Roumains apportent une touche particulière
à la civilisation européenne et se présentent
comme un trait d’union entre l’Ouest et l’Est.
Surtout, la Roumanie est un bastion avancé face à
l’immensité de l’espace oriental que l’écroulement
de l’Union soviétique et l’effervescence du monde
islamique a rendu fluide et inquiétant ».
Jean-Pierre
Longre
(juillet 2007)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.lesbelleslettres.com
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