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Justine
ou les infortunes… etc.
La belle Babsy
(une beauté bientôt sur le retour) et la douce Justine
sont amies depuis des lustres (trois, pour être exact...)
– même si la seconde se demande si elle va encore longtemps
supporter la première. Il faut dire que Babsy est la bêtise,
la vanité, la futilité, l’hystérie, l’envie,
la méchanceté (on en passe…) incarnées,
un parangon d’égoïsme, proprement irrécupérable…
Que fait Babsy de ses journées ? Pas grand-chose, hormis
profiter de ses rentes, surveiller sa silhouette dans le miroir
et courir après un hypothétique prince charmant –
pour invariablement finir la nuit avec des inconnus de passage.
Heureusement, Justine (« dont elle ne sait pratiquement
rien… hormis le fait qu’elle ne soit pas aussi belle
qu’elle »…) répond toujours présente
quand Babsy éprouve le besoin de s’épancher
et de trouver une oreille attentive à ses déboires
et autres grands malheurs (un bouton sur le menton, un lever de
mauvais poil, une journée sans coiffeur…)
Et puis, un
jour, Justine en a assez et décide d’éviter
Babsy, de réduire l’emprise que celle-ci a sur elle
et de s’affranchir de cette encombrante amitié –
le plus discrètement possible, sans faire de vagues (elle
connaît l’affreux caractère de son « amie
»), même si elle s’y résout non sans peine,
continuant à éprouver de la pitié pour Babsy.
Mais rien d’autre. Et quand Justine rencontre le prince charmant
(car c’en est un, pour de bon – un prince sur lequel
Babsy avait justement des vues…), elle évacue définitivement
Babsy de son existence. Du moins le croit-elle…
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Méchantes
filles se présente en surface comme un
roman léger (dans la veine de la "pink" ou
"chick" lit, telle que l'ont importée les anglophones)
mais relève davantage de la fable satirique ou du conte
cauchemardesque, forcément détourné («
Il était une fois. L’histoire aurait
pu commencer comme ça. ») – tous les
ingrédients y sont : la princesse, le sorcier, l’amie
faire-valoir, etc. le narrateur tantôt restant en retrait,
tantôt commentant l’action et décrivant une
amitié dysfonctionnelle, incongrue (comme le sont parfois
les amitiés), entre deux personnages qui n’ont
d’autre affinité que la force de l’habitude.
En mettant fin à cette relation unilatérale, Justine
rompt un cercle infernal, sans deviner ce que son geste va provoquer…
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A travers cette
fable (édifiante ?), où la tyrannie du corps et de
l’image que l’on renvoie aux autres est sans cesse évoquée
en filigrane, l’auteure entend dénoncer les pièges
des apparences, le mythe de la beauté surfaite, les dégâts
engendrés par le paraître, quand il l’emporte
sur l’être, et le résultat est très probant.
De la même manière, la
plume est fluide et les tensions vont crescendo, en accord avec
l’évolution (alarmante…) du mental de Babsy,
qui n’a pas dit son dernier mot… Les personnages, tout
en étant approfondis et examinés dans les moindres
détails, restent plus fonctionnels que crédibles,
ainsi que le veut le mode de la fable (et parfois de la farce grotesque)
et se trouvent délibérément satirisés.
Aussi, personne n’en sort indemne, pas même Justine
ou son prince charmant… d’une naïveté qui
confine à la niaiserie, si gentillets qu’ils en deviennent
quelque peu ennuyeux… et qu’on se surprend à
(presque !) leur préférer la fougue absurde et le
bouillonnement (même stupide) d’une Babsy. Ça
sourit jaune, ça grince, ça mord et ça descend
en flèche, mais on aime ça…
Blandine
Longre
(mai 2008)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-mechantes-filles.html
Ce
roman est également disponible sous la forme d'E-Book via
I-Kiosque.fr
http://www.fatidik.org/laurab.htm
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