Méchantes filles
Laura Berent

Editions du cygne, 2007

 

 

 

Justine ou les infortunes… etc.

La belle Babsy (une beauté bientôt sur le retour) et la douce Justine sont amies depuis des lustres (trois, pour être exact...) – même si la seconde se demande si elle va encore longtemps supporter la première. Il faut dire que Babsy est la bêtise, la vanité, la futilité, l’hystérie, l’envie, la méchanceté (on en passe…) incarnées, un parangon d’égoïsme, proprement irrécupérable… Que fait Babsy de ses journées ? Pas grand-chose, hormis profiter de ses rentes, surveiller sa silhouette dans le miroir et courir après un hypothétique prince charmant – pour invariablement finir la nuit avec des inconnus de passage. Heureusement, Justine (« dont elle ne sait pratiquement rien… hormis le fait qu’elle ne soit pas aussi belle qu’elle »…) répond toujours présente quand Babsy éprouve le besoin de s’épancher et de trouver une oreille attentive à ses déboires et autres grands malheurs (un bouton sur le menton, un lever de mauvais poil, une journée sans coiffeur…)

Et puis, un jour, Justine en a assez et décide d’éviter Babsy, de réduire l’emprise que celle-ci a sur elle et de s’affranchir de cette encombrante amitié – le plus discrètement possible, sans faire de vagues (elle connaît l’affreux caractère de son « amie »), même si elle s’y résout non sans peine, continuant à éprouver de la pitié pour Babsy. Mais rien d’autre. Et quand Justine rencontre le prince charmant (car c’en est un, pour de bon – un prince sur lequel Babsy avait justement des vues…), elle évacue définitivement Babsy de son existence. Du moins le croit-elle…

Méchantes filles se présente en surface comme un roman léger (dans la veine de la "pink" ou "chick" lit, telle que l'ont importée les anglophones) mais relève davantage de la fable satirique ou du conte cauchemardesque, forcément détourné (« Il était une fois. L’histoire aurait pu commencer comme ça. ») – tous les ingrédients y sont : la princesse, le sorcier, l’amie faire-valoir, etc. le narrateur tantôt restant en retrait, tantôt commentant l’action et décrivant une amitié dysfonctionnelle, incongrue (comme le sont parfois les amitiés), entre deux personnages qui n’ont d’autre affinité que la force de l’habitude. En mettant fin à cette relation unilatérale, Justine rompt un cercle infernal, sans deviner ce que son geste va provoquer…

A travers cette fable (édifiante ?), où la tyrannie du corps et de l’image que l’on renvoie aux autres est sans cesse évoquée en filigrane, l’auteure entend dénoncer les pièges des apparences, le mythe de la beauté surfaite, les dégâts engendrés par le paraître, quand il l’emporte sur l’être, et le résultat est très probant. De la même manière, la plume est fluide et les tensions vont crescendo, en accord avec l’évolution (alarmante…) du mental de Babsy, qui n’a pas dit son dernier mot… Les personnages, tout en étant approfondis et examinés dans les moindres détails, restent plus fonctionnels que crédibles, ainsi que le veut le mode de la fable (et parfois de la farce grotesque) et se trouvent délibérément satirisés. Aussi, personne n’en sort indemne, pas même Justine ou son prince charmant… d’une naïveté qui confine à la niaiserie, si gentillets qu’ils en deviennent quelque peu ennuyeux… et qu’on se surprend à (presque !) leur préférer la fougue absurde et le bouillonnement (même stupide) d’une Babsy. Ça sourit jaune, ça grince, ça mord et ça descend en flèche, mais on aime ça…

Blandine Longre
(mai 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.editionsducygne.com/editions-du-cygne-mechantes-filles.html

Ce roman est également disponible sous la forme d'E-Book via I-Kiosque.fr

http://www.fatidik.org/laurab.htm

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