Notre envoyé spécial
Florin Lazarescu

traduit du roumain par Olimpia Bogdan-Verger
Editions des Syrtes, 2007

 

 

Un roman autiste ?

Antoine, journaliste dans un grand quotidien roumain, a une vie intérieure richissime. Et, comme le découvrira le médecin chargé de l’examiner après un accident de la circulation, même s’il paraît être dans le coma, « il a une bonne activité cérébrale, il rêve intensément ». On peut alors se demander si tout ce qui est raconté dans ce roman ne relève pas de la pure invention, voire de l’autisme.

La réponse est négative. Car Notre envoyé spécial appartient aux deux bords : le réel et l’imaginaire ; deux bords qui se rejoignent et se confondent souvent, mais qui sont nettement situés dans la Roumanie actuelle, avec des incursions dans un passé plus ou moins récent. La religion, le capitalisme, le communisme, le terrorisme, la publicité, la vie d’un organe de presse, l’enfance, le rêve… Toutes les histoires contées dans ce livre multiple répondent à des préoccupations à la fois spécifiques (un personnage, un espace, une époque) et universelles. Et elles sont contées de la manière la plus vivante qui soit, en une narration démultipliée, alerte, aux dialogues savoureux, aux résonances infinies : telle situation trouve son écho plus avant dans le récit, tel événement a son pendant dans la mémoire consciente ou inconsciente du lecteur, réminiscences musicales et un peu énigmatiques.


Notre envoyé spécial est construit comme un puzzle, « un de ces puzzles en carton. Tu sais ? Des morceaux de carton que tu dois ajuster pour construire une image, une photo. Ils sont comme ça, les autistes, tu sais ? ». Au lecteur de jouer, de triturer, d’ajuster, de rebâtir, et ainsi de renouer avec son imagination d’enfance. Jeune écrivain représentatif de la « nouvelle vague littéraire roumaine » (mais, tout de même, en phase avec la riche tradition narrative de son pays), Florin Lazarescu, qui a publié son roman en 2005 en Roumanie, mérite d’être connu et encouragé ; cette traduction française y contribuera, espérons-le.

Jean-Pierre Longre
(octobre 2007)

Jean-Pierre Longre enseigne la littérature contemporaine à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur de revues, il a participé à la publication des romans de Queneau dans la Bibliothèque de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie et Belgique en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes (Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean Prévost aux avant-postes (Collectif, avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

 

Littérature franco-roumaine