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Un
roman autiste ?
Antoine, journaliste
dans un grand quotidien roumain, a une vie intérieure richissime.
Et, comme le découvrira le médecin chargé de
l’examiner après un accident de la circulation, même
s’il paraît être dans le coma, « il
a une bonne activité cérébrale, il rêve
intensément ». On peut alors se demander si tout
ce qui est raconté dans ce roman ne relève pas de
la pure invention, voire de l’autisme.
La réponse
est négative. Car Notre envoyé spécial
appartient aux deux bords : le réel et l’imaginaire
; deux bords qui se rejoignent et se confondent souvent, mais qui
sont nettement situés dans la Roumanie actuelle, avec des
incursions dans un passé plus ou moins récent. La
religion, le capitalisme, le communisme, le terrorisme, la publicité,
la vie d’un organe de presse, l’enfance, le rêve…
Toutes les histoires contées dans ce livre multiple répondent
à des préoccupations à la fois spécifiques
(un personnage, un espace, une époque) et universelles. Et
elles sont contées de la manière la plus vivante qui
soit, en une narration démultipliée, alerte, aux dialogues
savoureux, aux résonances infinies : telle situation trouve
son écho plus avant dans le récit, tel événement
a son pendant dans la mémoire consciente ou inconsciente
du lecteur, réminiscences musicales et un peu énigmatiques.

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Notre
envoyé spécial est construit comme un puzzle,
« un de ces puzzles en carton. Tu sais ? Des morceaux
de carton que tu dois ajuster pour construire une image, une
photo. Ils sont comme ça, les autistes, tu sais ? ».
Au lecteur de jouer, de triturer, d’ajuster, de rebâtir,
et ainsi de renouer avec son imagination d’enfance.
Jeune écrivain représentatif de la « nouvelle
vague littéraire roumaine » (mais, tout de même,
en phase avec la riche tradition narrative de son pays), Florin
Lazarescu, qui a publié son roman en 2005 en Roumanie,
mérite d’être connu et encouragé
; cette traduction française y contribuera, espérons-le.
Jean-Pierre
Longre
(octobre 2007) |
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de revues, il a participé à la publication des romans
de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique,
peinture) et effectue des recherches sur les littératures
francophones (Roumanie et Belgique
en particulier). Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau
en scènes (Presses Universitaires de Limoges,
2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles).

Littérature
franco-roumaine
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