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Le noir et blanc en force
Cette intégrale
en noir et blanc propose les cinq enquêtes du Choucas, que
Lax a publiées chez Dupuis, entre 2001 et 2004, dans la collection
Repérages, dans des albums cartonnés au format standard,
et dans une version couleurs.
A l’origine, Lax avait pensé son Choucas en noir et
blanc mais Dupuis l’avait voulu en couleurs. Cette nouvelle
édition nous permet de retrouver l’intention première
de l’auteur, montrant avec évidence la maîtrise
graphique de Lax et la force de ses noirs et blancs !
Drôle
d’oiseau que ce Choucas, ancien horloger victime des nouvelles
technologies se reconvertissant en détective privé
du soir au lendemain.
« C’était un vendredi … un de ces vendredis
qui comptent … Pas un vendredi 13, non … bien plus rare.
C’était le dernier jour avant l’an 2000 et ma
clef de douze ne m’avait pas quitté depuis que j’avais
pointé. C’est ce vendredi-là que je suis devenu
détective. »
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La
cinquantaine alerte, le Choucas entre en scène, vêtu
d’un costume noir égayé d’une chemise
jaune pétant. Jaune et noir, les couleurs du polar
! Lucide néanmoins, le Choucas se définit lui-même
comme un « détective malhabile malgré
des efforts méritoires quoique intermittents. »
Pas d’arme, pas de licence, pas d’expérience
donc, mais une bonne dose d’humour, une attention particulière
portée au genre humain et, dans sa chambre de bonne,
toute la collection de la fameuse Série Noire, fondée
par Marcel Duhamel. C’est avec ce solide bagage que
le Choucas prend son envol et entame ses enquêtes.
Son territoire, c’est Paname !
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La première
l’amène sur la piste d’une vieille dame joueuse
de scrabble qui a disparu. Avec l’aide active de Gabin, son
copain chauffeur de taxi, et d’Aristide Allibi, ex-professeur
de lettres recyclé dans la livraison de pizzas, il met en
lumière les agissements douteux de son ex-patron, prêt
à tout pour que sa vieille mère devienne une fois
championne de scrabble. Dans Le Choucas met le feu aux
poudres, il s’aventure en zone dangereuse. Nous
sommes en avril 2002, en pleine campagne électorale donc
et l’oiseau est chargé par le ministère de l’Intérieur
d’empêcher la publication d’un livre jugé
explosif, dont l’éditeur aurait des liens avec l’extrême-droite.
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Choucas
refuse ce rôle de censeur mais ne peut s’empêcher
de fouiller, aidé par ses deux fidèles acolytes,
Gabin, le chauffeur de taxi noir et Aristide, qui fait dans
la pizza. Sa curiosité déclenche, bien entendu,
une série de catastrophes dont il s’amuse franchement.
Quand il gagne à être connu, le Choucas part
au Québec en plein hiver vêtu de son seul costume
noir égayé d'une jolie chemise jaune ! Aucun
sens pratique, décidément, ce privé hors
normes. Le voici donc parti avec monsieur Brumeuse, gardien
de musée à la retraite. Le but du voyage : retrouver
l'homme qui a bénéficié du rein de son
fils, mort dans un accident de voiture. Monsieur Brumeuse
veut s'assurer que l'homme qui vit grâce à son
fils est un homme bien. Le Choucas se retrouve en pleine nature
face à une bande d'individus pas jolis jolis. Que diable
va-t-il faire dans cette galère !
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S'embarquer dans une enquête policière
avec cet oiseau-là est un vrai plaisir. On s'immerge dans
une histoire façon Série noire, on ne sait pas où
l'on va, on galère avec le personnage et l'on savoure le
tout, grâce au scénario impeccable, à l’écriture
ciselée, truffée de citations et de références
des romans noirs de la Série, aux dialogues tournés
comme il faut façon Audiard, et au dessin précis et
vivant de monsieur Lax. La narration privilégie les scènes
de nuit, et la maîtrise du noir et blanc est remarquable.
On sent le plaisir que Lax a pris à mitonner ces albums et
à créer ce personnage à la personnalité
complexe, souvent imprévisible. On pourra s’amuser
aussi à retrouver les références au polar de
la fameuse Série noire !
Voici ce que
dit Lax (Christian Lacroix), à propos de sa méthode
de travail pour ces albums dans lesquels il s’est considérablement
investi :
« Pour chaque album, j’ouvre un cahier de cent pages,
sur lequel je commence par faire un plan, avec des choses qui n’ont
rien à voir avec le scénario, des citations qui m’inspirent,
des coupures de presse ; jusqu’au moment où, lorsque
c’est suffisamment clair dans ma tête, j’attaque
le découpage page à page. Je ne suis pas certain de
le suivre à la lettre, mais c’est une matrice sur laquelle
je m’appuie pour avancer. C’est le squelette sur lequel
je place mes dialogues, même si je les reprends une fois la
page terminée. Je me sers de la chair du dessin pour les
ajuster.
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Il
me faut un an pour réaliser un album. Un an durant
lequel je continue à lire des livres, des journaux,
un an pendant lequel je fais des rencontres qui m’enrichissent
et enrichissement mon histoire. Avec « Le Choucas »,
je veux me laisser la liberté de pouvoir ajouter des
éléments en cours de route. Je peux d’ores
et déjà dire que dans la prochaine histoire
(le tome IV, donc !) le Choucas voyagera en Amazonie, où
j’ai passé trois semaines en 1995, avec mon camarade
Frank Giroud, et d’où j’ai ramené
suffisamment d’images, d’impressions, de croquis,
pour avoir envie de refaire le voyage sur papier. Dans la
création, je ne pense pas qu’il y ait de génération
spontanée. On s’inspire, on se nourrit de ce
qui nous entoure, il faut de la matière. Pour «
Le Choucas », c’est le monde contemporain, le
mien, celui qui m’atterre ou qui m’amuse, celui
que je connais le mieux. »
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Catherine
Gentile
(novembre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

lire
aussi
L’Aigle sans
orteils
Dupuis,
Aire libre, 2005
Lauréat du Grand Prix RTL de la BD
http://www.dupuis.fr/FR/index.shtml
Si l’on
a envie de se replonger dans la Série Noire, voici une sélection
de titres, proposée par Lax lui-même :
Tonino Benacquista, La Commedia des ratés, 1991, SN n°2263
Raymond Chandler, Adieu, ma jolie, 1948, SN n° 12
Robin Cook, Le Soleil qui s’éteint, 1982, SN n°
1902
Harry Crews, La Foire aux serpents, 1994, SN n° 2359
Dashielle Hammet, Le Faucon de Malte, 1936, SN n° 58
Chester Himes, La Reine des pommes, 1958, SN n° 419
Jean-Claude Izzo, La trilogie Total Khéops, Chourmo et Solea,
1995, 1996 et 1998, SN n° 2370, 2422 et 2500
Thierry Jonquet, Moloch, 1998, SN n° 2489
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