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La peur et
le rêve d'une rencontre
Catherine, jeune
femme de notre époque - surveillante de cantine scolaire
en attendant de réussir, si possible, un concours de musique
qui lui vaudrait des jours meilleurs - est la voisine, l'amie et
la confidente de Claire, autre jeune femme de notre époque
qui a vécu le cauchemar de l'agression sexuelle, devant sa
porte et celle de Catherine. Événement bouleversant
non seulement pour Claire, qui partira avec son fiancé Sylvain,
mais aussi (et surtout, aux yeux du lecteur) pour Catherine, vivant
et revivant la scène par procuration, selon un phénomène
de répulsion/attirance pour l'agresseur qu'elle ne connaît
pas, mais dont elle guette le retour, qu'elle attend plus ou moins
consciemment. Le roman veut que l'homme, anonyme mais présent,
le lecteur le connaisse lui aussi, monologuant comme Catherine ;
figure de la solitude affective et sociale, métreur au chômage,
il arpente le quartier, revenant sur les lieux de son crime, lui
aussi fasciné/révulsé par les gestes terrifiants
accomplis sur sa victime, traînant son angoisse entre la rue,
le bar-tabac et le jardin public fréquentés par Catherine.
Tous deux se croisent dans se connaître, se sourient même
un peu...
À partir
de cette histoire, d'autres auraient combiné un roman social,
moral ou psychologique, ficelé un récit policier,
voire un thriller au suspense insoutenable etc. Rien de tout cela,
mieux que tout cela sous la plume de Laurent Mauvignier. Avec Ceux
d'à côté, le lecteur ne s'engage pas
dans une intrigue dont le résumé ci-dessus ne serait
qu'un pâle reflet, mais dans un univers humain formé
par le langage même, par ces deux monologues croisés
et parallèles, par le rythme haletant du flux verbal, par
" des mots à attendre, et puis aussi cette voix qu'on
ne connaît pas qui saurait nous les dire ". Un langage
qui pénètre, tant bien que mal (le mieux possible),
au prix d'une musique sans concessions, d'une syntaxe triturée,
les secrets angoissants du violeur, les mystères angoissés
et ambigus de Catherine, entre tendresse et jalousie pour son amie
Claire : " Alors oui, la peur, et les rêves qui sont
plus forts quand j'ai sa voix à elle qui traîne dans
ma tête, sa voix qui m'a tant de fois rassurée quand
nous étions seules toutes les deux, sa voix qui m'a tant
brûlée aussi, quand elle parlait de Sylvain et me disait
ce rêve éveillé, sa présence à
lui, les projets qu'ils avaient, sa voix et son visage à
elle qui me rejetaient loin, sans savoir, où je n'avais que
la musique dans le casque pour ne pas laisser tout s'écrouler
".
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À
une histoire d'aujourd'hui, fait divers comme on en lit dans
des journaux et des romans sans prétention, Laurent
Mauvignier a donné un souffle particulier, prouvant
que c'est grâce à un véritable travail
littéraire que les mots se font porteurs d'émotion
forte et instruments d'approche des complexités de
l'âme.
J-P.
Longre
(octobre 2002)
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Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

du
même auteur : Seuls
(Minuit, 2004)
http://www.leseditionsdeminuit.fr
http://www.remue.net/cont/mauvignier.html
http://www.radiofrance.fr/reportage/archives/fiche.php?article_id=150284
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