Enfances et Fantômes

Illustrations Gérard Garouste
texte Ricardo Montserrat
(Syros jeunesse, 2005)
à partir de 13 ans

 

« l’art n’est pas un luxe, mais une nécessité pour tous »

Enfances et Fantômes est un ouvrage directement lié à l’association La Source, fondée en haute Normandie par le peintre Gérard Garouste en 1991 : « La Source est née pour permettre à ceux qui sont en situation d’exclusion de retrouver une image positive et valorisante d’eux-mêmes par l’expression artistique.»

L'association a pour but de réinsérer les jeunes (de milieu rural) en difficulté, au travers d’ateliers d’écriture et de peinture, et grâce à des rencontres avec des artistes. Le fonctionnement se fonde sur la prévention, l’éducation et la promotion de l’art et de la culture. Les moyens nécessaires à la mise en œuvre d’un projet sont essentiellement institutionnels et privés. En 2002, un nouveau centre a aussi vu le jour à Villarceaux dans le Vexin.

Enfances et Fantômes est né grâce à un travail étalé sur deux années (à raison de trois rencontres par mois) effectué parallèlement par l’écrivain Ricardo Montserrat, le peintre Olivier Masmonteil, des parents et des enfants en difficulté familiale, ainsi que des intervenants : éducateurs, assistants sociaux… Dans une notion commune de partage, chacun développe son imaginaire et l’histoire prend mille contours avant de devenir fiction. Selon Ricardo Montserrat, c’est « un atelier pour qu’enfants et parents partagent également ce qu’ils savent du monde, en écrivant et illustrant un livre d’aventure, dont les héros traverseraient avec courage ou peur, haine ou amour, les mille épreuves qui font exister ».

Ce livre, construit en épisodes séquentiels, raconte l’histoire de Karine, qui revient dans la maison de son enfance pour combattre des fantômes qu’elle avait laissés derrière elle.

Tout au long du récit les épisodes sont ponctués de lavis, peintures et dessins créés par les intervenants et Olivier Masmonteil. Les couleurs sépia donnent la tonalité du texte, traversé par le temps, et respectent la trame narrative du récit dans un espace de liberté et d’imaginaire.
Karine revient dans cette maison dont elle a hérité, et, à partir de cet héritage si lourd elle va tenter de réécrire l’histoire de sa famille. Cinq années se sont écoulées depuis cette journée fatidique. Karine remonte le temps pour dénouer cet écheveau de souffrance : Albertine, l’arrière-grand-mère, et Clémence, la mère d’Eugénie, qui a eu 3 filles : Irène (elle aussi a des enfants, les jumeaux Muriel et Nicolas), Jeanne (qui a eu Louis) et Karine.

Louis subit les sarcasmes de sa mère Jeanne quand elle a trop bu, c’est à dire au quotidien. La petite Muriel discute chaque nuit avec le fantôme de la chambre d’a côté. «Mémé Albertine», veuve de Barnabé dit « l’ogre », cultive sa haine contre Eugénie. Clémence, après cinquante années à voyager, rêve de son Louis (encore un), son grand amour disparu sans donner signe de vie. Irène, enceinte, vit avec Yann, qui est souvent porté absent. Enfin, Karine et son grand amour, Louis.
L’intrigue se distille peu à peu comme un voile qui se soulève, les découpages hachent le récit et remontent au pays des souvenirs, et la journée avance, laissant planer un climat tendu et inéluctable. Les langues se délient, les questions fusent, les réponses tuent. Louis aurait-il disparu « après avoir zigouillé la moitié du village » ? Clémence est-elle vraiment la fille d’Albertine ? Quels sont ces cadavres que le petit Nicolas découvre dans le passage secret ? Quelles sont les véritables identités de Karine et de Louis ? La machine à remonter le temps va-t-elle résoudre tous les mystères ? Et les fantômes ponctuent le récit qui est couvert « de non dits de faux-semblants, de secrets », car ce qui « devait être rangé avait été rangé et ce qui était inutile avait été jeté ».

Enfances et Fantômes est un très bel exemple d’écriture à plusieurs mains qui révèle les multiples facettes des histoires vécues, comme autant de pistes à parcourir, pour finir par une construction en forme de conte policier. Un superbe travail graphique porte cette grande aventure, et la couverture de Gérard Garouste dépeint deux enfants entre ciel et terre, sourire aux lèvres… Un signe de bon augure pour cet ouvrage hors du commun.

Cendrine Genin
(octobre 2005)

Cendrine Genin, après des études de philosophie et de lettres, a suivi une formation de libraire ; une passion totale pour la littérature jeunesse ainsi que pour la danse l’ont incitée à collaborer à Sitartmag, depuis 2000 ; l'écriture est son autre domaine de prédilection et elle compte pouvoir prochainement faire partager son univers à de jeunes lecteurs.

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