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La reine dans le palais des courants d’air »
Des centaines
de milliers d’exemplaires vendus, des traductions (en danois,
en norvégien, en anglais, en allemand, en français,
en néerlandais, etc.) et des récompenses à
la pelle, une mythologie bâtie autour de la tragique disparition
de son auteur suite à la remise du manuscrit, telle est l’extraordinaire
réalité du phénomène Millenium,
un polar-fleuve issu des terres nordiques dont on n’a pas
fini d’entendre parler.
Stieg Larsson
était un écrivain aux multiples talents et engagements.
Rédacteur en chef de L’Expo
(une revue luttant contre l’extrême droite), ancien
reporter de guerre en Afrique, spécialiste en économie,
ce passionné de science-fiction partageait plus d’un
point commun avec son héros Mikael Blomkvist. C’est
ainsi que nos deux journalistes d’investigation, pourfendeurs
du mensonge et de l’injustice sous toutes leurs formes, remuent
les eaux vaseuses des passés honteux et des présents
peu reluisants.

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Quant
à Lisbeth Salander… Lesbienne sataniste ? Hacker
hors pair ? Psychopathe souffrant de schizophrénie
paranoïde ? Victime sacrificielle de la Säpo ? Autiste
atteinte du syndrome d’Asperger ? Tout et son contraire
est avancé, suggéré ou clamé au
sujet de l’improbable acolyte de « Super Blomkvist
». La seule certitude est que cette jeune femme revêche
au gabarit brindille met à mal les esprits étriqués
: sa complexité déchiquette les étiquettes
que lui ont collées intempestivement les magistrats,
policiers, psychiatres, scribouillards et autres professionnels.
Car cette anguille, même acculée, a la fâcheuse
tendance à glisser et s’échapper pour
qu’aucune main (qu’elle soit amicale ou ennemie)
ne puisse la capturer. |
Dans ce troisième
et dernier tome, ce sont les coulisses du pouvoir qui se trouvent
dans la ligne de mire de Larsson. Après le douloureux épisode
nazi, il s’attaque ici aux dérives occult(é)es
liées à la Guerre Froide et à leurs répercussions
sur la Suède quelques décennies et gouvernements plus
tard. Sur ce fond historique et constitutionnel, des préoccupations
davantage sociétales, voire sociologiques, (la mondialisation,
la prostitution, le trafic des filles de l’Est, les abus psychiatriques,
l’informatique, l’espionnage, l’acharnement médiatique,
les rapports homme-femme, etc.) répondent aux questions d’État.
Et là
réside la force de Larsson : il creuse, avec grande habilité,
une intrigue à galeries, sous-terrains et nids-de-poule où
se côtoient, pourtant sans heurt, et prennent appui l’un
sur l’autre, l’intime et l’universel. Les secrets
familiaux s’expliquent donc parfois par des accidents de l’Histoire,
et influencent alors en retour le cours des Évènements…
Cet inextricable entremêlement de ces deux pôles touche
à son paroxysme dans La reine dans le palais
des courants d’air. Néanmoins, malgré
cette matière foisonnante et une pléthore de personnages
secondaires – qui sont chacun individualisés et humanisés
avec brio –, Larsson ne se perd jamais : rien n’est
sur-écrit chez lui. Il mène, d’un style ferme,
maîtrisé et efficace, une narration des plus étourdissantes
et fascine le lecteur par le rythme qu’il lui impose.
Œuvre majeure
du XXIe siècle ? Difficile et assurément présomptueux
à affirmer dès aujourd’hui. Œuvre incontournable,
bien au-delà d’un classement pour le moins réducteur
dans une certaine paralittérature, à découvrir
sans plus attendre ? Indéniablement. Pour l’ampleur,
l’intelligence et l’originalité de cette Plume,
qui vole désormais aux quatre vents…
Samia
Hammami
(novembre 2007)
Samia
Hammami, licenciée et agrégée
en langues et littératures romanes, a rédigé
un mémoire sur « La figure de la prostituée
dans l’œuvre romanesque d’André
Baillon ». Détentrice d’un Master en FLES,
elle est actuellement professeur de français langue étrangère
à l’Université de Liège.

http://www.actes-sud.fr/
Lire
aussi
Les hommes qui n’aimaient
pas les femmes. Millénium 1.
Actes Sud, Collection « Actes Noirs », 2006
La fille qui
rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette.
Millénium 2.
Éditions Actes Sud, Collection « Actes Noirs »,
2006
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