Les hommes qui n’aimaient pas les femmes. Millénium 1.
de Stieg Larsson

traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain
Actes Sud, Collection « Actes Noirs », 2006

 

 

 

Addams Family

Stieg Larsson était un journaliste et écrivain suédois, célèbre pour ses engagements contre le fascisme et le racisme. En 2004, il est brutalement décédé à l’âge de cinquante ans, foudroyé par une crise cardiaque, juste après avoir parachevé sa trilogie Millénium. Les éditions Actes Sud ont décidé de le faire découvrir au public francophone. Un véritable coup de maître, servi en outre par une agréable présentation typographique, une superbe couverture et un papier crème au toucher délicat.

C’est pas à pas que l’on entre dans l’univers de Larsson. L’auteur prend en effet un soin particulier à créer une atmosphère, à nous familiariser avec ses personnages, en titillant d’emblée notre curiosité. Ainsi, les premières pages mettent-elles en scène un octogénaire qui reçoit à l’occasion de son anniversaire, et ce depuis quarante-quatre ans, un étrange colis anonyme : une fleur minutieusement séchée et placée sous un cadre…

Millénium est un magazine à visée socio-économique dont est copropriétaire Mikael Blomkvist, journaliste d’investigation reconnu dans le milieu pour dénoncer, sans concession, la corruption et les malversations du monde des entreprises. Se retrouvant sur le banc des accusés pour des propos jugés diffamatoires à l’égard du multimilliardaire Hans-Erik Wennerström, « Super Blomkvist », comme on le surnomme à son grand désespoir, est contraint de se retirer pour quelque temps des coulisses des médias.

Le désœuvrement ne le gagne pas pour la cause : Blomkvist se voit contacté par un magnat de l’industrie nationale, Henrik Vanger. Ce vieil homme, muni d’une double requête, désire l’employer afin que soit, en douze mois, rédigée la biographie officielle du clan Vanger et résolue l’obsédante énigme de la volatilisation de sa chère et tendre nièce Harriet, survenue sur l’île familiale en 1966. Et voilà notre Blomkvist happé, un peu malgré lui, par de sombres affaires, dont l’enjeu, les ramifications et la sordidité le dépassent parfois. Dans les méandres de ses recherches, il explore, sur fond de magouilles financières et de vengeances personnelles, une galerie de figures troubles, contrastées et à la psychologie affirmée. Lisbeth Salander, une jeune fille asociale à la vingtaine tatouée, piercée, perturbée et surdouée, croisera notamment le chemin du détective nouvellement promu, avec qui elle finira par former un déton(n)ant duo, dans cette ambiance insulaire aux relents nauséabonds.


La structure narrative de cet opus est peaufinée à l’extrême : les intrigues s’entremêlent sans que rien ne le laisse a priori présager, tandis que les destins des protagonistes se rencontrent, voire convergent, dans un subtil enchevêtrement. Larsson n’a pas révolutionné le genre policier, il en maniait toutefois les ficelles avec génie, ce qui lui a permis de signer un roman déroutant. Le rythme de Les hommes qui n’aimaient pas les femmes est tout simplement palpitant et ne faiblit à aucun moment, les rebondissements vont crescendo, le moindre détail fait sens. Mais ce qui donne encore plus de force au texte et qui le hisse à la hauteur de la Littérature, c’est la beauté de son écriture. Fluide, enrobante, précise, aboutie. Un style brillamment rendu par un excellent travail de traduction.

On referme donc avec regret ce livre, où Larsson se plaît à jouer avec nous, sans pour autant jamais se jouer de nous. Une impression de vide nous enveloppe alors et l’on attend impatiemment que la collection « Actes Noirs » s’enrichissent des deux tomes suivants : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette et La Reine dans le palais des courants d’air. Tout un programme…

Samia Hammami
(septembte 2006)

Samia Hammami, licenciée et agrégée en langues et littératures romanes, a rédigé un mémoire sur « La figure de la prostituée dans l’œuvre romanesque d’André Baillon ». Détentrice d’un Master en FLES, elle est actuellement professeur de français langue étrangère à l’Université de Liège. Elle est correctrice de la revue Jibrile.

 

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Lire aussi
La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette. Millénium 2.
Éditions Actes Sud, Collection « Actes Noirs », 2006
La reine dans le palais des courants d’air. Millénium 3.
Éditions Actes Sud, Collection « Actes Noirs », septembre 2007