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Texte
français Katrin Ahlgren, René Zahnd
Assistante à la mise en scène Amélie
Wendling
Scénographie & Costumes Charles Koroly
Lumière Erik Berglund
Son Sophie Buisson
Avec
Pierre Hiessler, Simona Maïcanescu, Antoine Mathieu,
Agathe Molière, Sophie Rodrigues |
Coproduction
Théâtre Nanterre-Amandiers (Paris), Théâtre
Vidylausanne E.T.E (Suisse)
Le
texte est publié par L'Arche (Novembre 03)
Théâtre
de la Croix Rousse
Lyon 4°
04 72 07 49 49
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Survivants
Une mise en
scène d’outre-tombe, une pièce jonchée
de vêtements jetés à terre, des chaises à
demi brûlées, des tas informes d’aliments, de
caisses…
Deux sœurs et un mère se chamaillent dans ses décombres.
Le père est suggéré, tantôt mort, tantôt
vivant. Chacun semble perdu dans les affres de la guerre.
Puis brusquement, l’arrivée du père et le «
non » sous-jacent prononcé par la mère. Des
retrouvailles dans la brutalité et la violence. Le père
est aveugle : «j’ai sûrement reçu de
la merde dans les yeux ». Dureté de la guerre,
dont il revient amaigri, il a «senti l’odeur de
la faim» ; épuisé, il ne sera plus jamais
le même homme.
Sa femme se tient à l’écart, l’émotion
est trop forte sûrement, mais on apprend qu’avant, elle
ne vivait pas, qu'elle ne l’a jamais aimé, et la guerre
lui rend un homme qu’elle avait la chance de croire mort.
Le père tente de ressouder autour de lui cette famille disloquée,
dont il attendait tant. La plus jeune fille Sémira, douze
ans, jouée par Agathe Molière, l’aînée
Beenina, seize ans, Sophie Rodrigues. Sémira, un bras infirme,
joue de sa folie et sa jeunesse pour parler et trahir des secrets
; Beenina, maquillée d’un rouge à lèvres
vermillon, se vend au premier venu, surtout les Américains,
pour des cigarettes et des dollars. La mère (Simona Maïcanescu)
se refuse à son mari, ce qu’il prend comme une offense
après cette longue attente et il apprendra aussi qu’elle
s’est fait plusieurs fois violer. En réalité,
elle aime Ivan, le frère tant détesté de son
mari et c'est la guerre qui a permis cette rencontre, un amour qui
« la fait enfin vivre ».
L’horreur du père se double ainsi de sa souffrance
face à la réalité, croyant que seuls avaient
souffert ceux qui étaient partis faire la guerre. Il ne peut
y croire, il veut seulement revenir à ce quotidien qui lui
a tant manqué. Comme avant. La guerre sépare mais
la guerre rapproche aussi : son frère est son double dans
l’ombre et le père devine sa présence sans le
voir. Ils se retrouvent lors du dénouement et Ivan dit à
son frère : « tu étais aveugle avant de
devenir aveugle ».
Cette pièce de fin de guerre traduit tous les sentiments
humains contradictoires qui naissent lors de ces périodes
inhumaines : l’espoir, la souffrance, la rancœur, la
faim, la précarité, mais surtout le désespoir.
La guerre permet ce que l’avant-guerre ne permettait pas,
les blessures de l’homme transgressent les interdits, dans
un ultime élan de vie. Seule compte la lutte pour demeurer
parmi les vivants et les comédiens sont tous les survivants
d’une tragédie, criants de sensibilité, de non-dits,
dans une solitude infinie.
Cendrine
Genin
(janvier 2005)

du
même auteur :
Embrasser les ombres / Bobby
Fisher vit à Pasadena / Acte (L'Arche,
2003)
Catégorie 3.1 (L'Arche,
2000)
La veillée (l'Arche,
1989)
Théâtre
de la Croix-Rousse, Lyon
http://www.croix-rousse.com
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