de Lars Norén
Mise en scène de l'auteur

Lyon, La Croix Rousse, du 6 au 8 janvier
Anvers, du 12 au 15 janvier
Tours, CDRT, du 18 au 20 janvier

 

Texte français Katrin Ahlgren, René Zahnd
Assistante à la mise en scène Amélie Wendling
Scénographie & Costumes Charles Koroly
Lumière Erik Berglund
Son Sophie Buisson

Avec Pierre Hiessler, Simona Maïcanescu, Antoine Mathieu, Agathe Molière, Sophie Rodrigues

Coproduction Théâtre Nanterre-Amandiers (Paris), Théâtre Vidylausanne E.T.E (Suisse)

Le texte est publié par L'Arche (Novembre 03)

Théâtre de la Croix Rousse
Lyon 4°
04 72 07 49 49

Survivants

Une mise en scène d’outre-tombe, une pièce jonchée de vêtements jetés à terre, des chaises à demi brûlées, des tas informes d’aliments, de caisses…
Deux sœurs et un mère se chamaillent dans ses décombres. Le père est suggéré, tantôt mort, tantôt vivant. Chacun semble perdu dans les affres de la guerre.
Puis brusquement, l’arrivée du père et le « non » sous-jacent prononcé par la mère. Des retrouvailles dans la brutalité et la violence. Le père est aveugle : «j’ai sûrement reçu de la merde dans les yeux ». Dureté de la guerre, dont il revient amaigri, il a «senti l’odeur de la faim» ; épuisé, il ne sera plus jamais le même homme.
Sa femme se tient à l’écart, l’émotion est trop forte sûrement, mais on apprend qu’avant, elle ne vivait pas, qu'elle ne l’a jamais aimé, et la guerre lui rend un homme qu’elle avait la chance de croire mort.

Le père tente de ressouder autour de lui cette famille disloquée, dont il attendait tant. La plus jeune fille Sémira, douze ans, jouée par Agathe Molière, l’aînée Beenina, seize ans, Sophie Rodrigues. Sémira, un bras infirme, joue de sa folie et sa jeunesse pour parler et trahir des secrets ; Beenina, maquillée d’un rouge à lèvres vermillon, se vend au premier venu, surtout les Américains, pour des cigarettes et des dollars. La mère (Simona Maïcanescu) se refuse à son mari, ce qu’il prend comme une offense après cette longue attente et il apprendra aussi qu’elle s’est fait plusieurs fois violer. En réalité, elle aime Ivan, le frère tant détesté de son mari et c'est la guerre qui a permis cette rencontre, un amour qui « la fait enfin vivre ».

L’horreur du père se double ainsi de sa souffrance face à la réalité, croyant que seuls avaient souffert ceux qui étaient partis faire la guerre. Il ne peut y croire, il veut seulement revenir à ce quotidien qui lui a tant manqué. Comme avant. La guerre sépare mais la guerre rapproche aussi : son frère est son double dans l’ombre et le père devine sa présence sans le voir. Ils se retrouvent lors du dénouement et Ivan dit à son frère : « tu étais aveugle avant de devenir aveugle ».
Cette pièce de fin de guerre traduit tous les sentiments humains contradictoires qui naissent lors de ces périodes inhumaines : l’espoir, la souffrance, la rancœur, la faim, la précarité, mais surtout le désespoir. La guerre permet ce que l’avant-guerre ne permettait pas, les blessures de l’homme transgressent les interdits, dans un ultime élan de vie. Seule compte la lutte pour demeurer parmi les vivants et les comédiens sont tous les survivants d’une tragédie, criants de sensibilité, de non-dits, dans une solitude infinie.

Cendrine Genin
(janvier 2005)

du même auteur :
Embrasser les ombres / Bobby Fisher vit à Pasadena / Acte (L'Arche, 2003)
Catégorie 3.1 (L'Arche, 2000)
La veillée
(l'Arche, 1989)

Théâtre de la Croix-Rousse, Lyon
http://www.croix-rousse.com