La nonna La cucina la vita
les merveilleuses recettes de ma grand-mère

Gerstenberg / la joie de Lire, 2005

 

 

Le merveilleux patchwork de Larissa : de l'art culinaire à l'art graphique.

Inutile de tenter de définir la nature de cet ouvrage, assurément hybride, entre livre de recettes, recueil de réminiscences intimes, carnet de voyage, hommage à sa cuisinière préférée (la "nonna" du titre) et superbe monographie dans laquelle Larissa Bertonasco propose d’innombrables illustrations pour accompagner le tout.
Petite, l’auteure allemande d’origine italienne venait passer ses vacances chez sa nonna, à Finale Ligure, entre Gênes et la France et, aux souvenirs plus traditionnels, se mêlent les odeurs et les saveurs de la cuisine de Maria, sa grand-mère paternelle : « ce trésor odorant, enfoui dans ma mémoire, remonte à la surface chaque fois que ces senteurs frôlent à nouveau mes sens. » explique-t-elle dans l’avant-propos. Des plaisirs qu’elle offre au lecteur, mais qu’elle transmet aussi à sa fille, quand elle retourne maintenant dans son village : « Je me vois dans le miroir du temps à travers ma petite fille Emilia, qui vit aujourd’hui tout ce que j’ai vécu enfant. »

Les recettes sont celles qu’elle a recueillies auprès de sa grand-mère Maria, présentées et détaillées avec sobriété : des entrées aux desserts, des pâtes aux soupes… un large éventail de préparations, une cuisine délicieuse qui peut être réalisée au quotidien, pour peu que l’on fasse l’effort de réunir quelques ingrédients courants. Ainsi, la réalisation des gnocchi al burro e salvia (au beurre et à la sauge), du panna cotta con lamponi (blanc-manger au coulis de framboise), les cipolle ripiene (oignons farcis) ou encore le crostata con fichi (gâteau aux figues). On apprécie de même les conseils simples à suivre en matière de recettes plus connues comme la pâte à pizza ou la sauce tomate aux câpres et olives – que l’on refusera ensuite d’acheter tant les préparer soi-même deviendra un plaisir.

S’intercalent des textes personnels où Larissa et Maria prennent la parole à tour de rôle : la grand-mère retrace son parcours de cuisinière mais revient aussi sur ses origines et, plus que nous transmettre de simples recettes, elle nous parle aussi de ce qui compte pour elle, ne cessant d’entremêler ses souvenirs aux plats que sa mère, une simple paysanne, préparait déjà. C’est ainsi que les savoirs et les savoir-faire de plusieurs générations se superposent et s’accumulent au fil du temps, donnant ainsi la sensation de tâches et de plaisirs en perpétuel mouvement.
Mais ce qui enchante par-dessus tout, ce sont les illustrations de l’auteure, sans lesquelles l’ouvrage ne serait pas le même : un travail graphique continu, entre illustration, collage, combinaison de matières et de techniques (encre, esquisses, aquarelles, crayons, etc.) – sans que l’ensemble ne perde sa belle cohérence chatoyante ; les portraits sont particulièrement aboutis, et les personnages illuminent les textes qui suivent ou précèdent, de Maria à Larissa, en passant par le cuisinier, la femme à la chemise ouverte, la famille, etc. Un régal visuel, en attendant de se mettre en cuisine.

B.Longre
(juillet 2005)

http://www.contenthost.de/larissa/seiten/larissa_bertonasco.html

http://www.lajoiedelire.ch

http://www.gerstenberg-verlag.de/

dans la même collection : Petits gâteaux à quatre mains de Ruth Kreider-Stempfle & Bettina Frensemeier (Gerstenberg / la joie de Lire, 2004)