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Albert Einstine
(ne pas confondre avec l’autre, bien que cette quasi homonymie
soit voulue par la mère du personnage), chercheur au CRESNH
(Centre de Recherche et d’Etudes sur la Nature Humaine –
tout un programme), fervent lecteur de H.G. Wells, a réinventé
une machine à naviguer dans le temps, sur laquelle nous n’avons
que peu de détails. Car la question – comme l’intérêt
du roman – ne réside pas dans les explications techniques
qu’un vrai récit de science-fiction nécessiterait
: il ne s’agit pas de cela, mais plutôt de littérature-fiction,
ou de fable littéraire. Bref, ce qui compte pour notre narrateur,
ce n’est pas l’aventure scientifique, mais la gloire
artistique.
L’idée
est excellente : les voyages d’Albert Einstine lui permettent
de devenir le héros de la plus grande supercherie littéraire
de tous les temps… S’arrangeant pour atterrir à
Dublin au tout début du XXe siècle, il écrit
Ulysses avant Joyce (en se contentant tout simplement de
recopier une édition moderne du chef d’œuvre qu’il
a eu soin d’emporter avec lui), ce qui lui vaut l’admiration
du grand James, lequel renoncera à sa carrière d’écrivain
; de même, de retour en France, avec Voyage au bout de
la nuit et ses suites, qu’il intitulera sans vergogne
Mort à crédit I, II, III, damant le pion
à Céline ; de même encore avec Beckett (mais
ce sera une autre affaire, qu’il serait dommage de dévoiler
ici). La gloire sera donc au rendez-vous : fréquentation
des milieux artistiques et éditoriaux les plus notoires,
interviews prestigieuses, Prix Nobel… La gloire, et la sensation
de peser d’un poids décisif sur la destinée
de certains écrivains (ou ex-futurs écrivains) et
sur l’histoire des livres.
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Fable
littéraire, disions-nous, qui met en jeu avec humour
et vivacité (passons sur quelques négligences
et facilités d’écriture d’un narrateur
qui, il est vrai, n’est qu’un copiste) de grands
moments et de grands noms de la littérature du début
du XXe siècle (Proust et Gide aussi se promènent
à travers les pages, Gallimard et Grasset y rivalisent,
Jean Paulhan arrive à la NRF…). On a plaisir
à fréquenter ces gens, à les considérer
sous des angles originaux et inattendus, par l’entremise
d’une formule magique et de l’imaginaire romanesque.
Jean-Pierre
Longre
(juin 2004)
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Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème siècle
à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une
thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical. Il a participé à l'édition
des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue
des recherches sur les littératures francophones (Roumanie,
Belgique, Québec).

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