La marche nuptiale
2000, Editions de l'Olivier
traduit de l'anglais par Agnes Desarthe
(titre original : Foreign Brides, 1999, Picador)

avril 2002
L'Olivier, Petite bibliothèque


Lucidité conjugale

"Tous les émigrés ont la même histoire à raconter : il y a cette petite mort lorsqu'ils quittent leur patrie puis cette euphorie fugitive lorsqu'ils s'imaginent avoir trouvé une chance inespérée de réécrire leur existence dans une société libre, et, enfin, la tristesse qui ne les quittera plus dès l'instant où ils comprennent qu'ils ont choisi de se couper irrémédiablement de leurs racines. " Dixit un spécialiste, le Dr Poussard, dans la nouvelle Le train noir. Et pourtant, dans ce recueil de nouvelles d'Elena Lappin, chaque récit sur ce thème du déracinement est différent des autres. Il en ressort des portraits attachants de jeunes femmes, composant comme elles peuvent avec leur mariage, l'étranger et la judéité. Certaines font de la cuisine non casher à leur mari supporter de foot de l'équipe de Tottenham -dont le vocabulaire érotique se réduit à ce sport- (Noa et Noah) ; d'autres deviennent conductrices de taxis passionnées par les rues de Londres (Les Paons) ; toutes, et c'est là ce qui est déprimant, ne semblent exister sans leur mariage. Dans Le ruban rose, une jeune Allemande, Monika, décide de se convertir pour l'amour d'un écrivain célèbre, Max Kamenski, qui " n'est même pas circoncis ". Elle épousera son professeur d'hébreu avec lequel elle vivra en Israël. C'est finalement en tant que veuve qu'elle sera vraiment libre. Ce constat un peu effrayant est toujours contrebalancé chez Lappin par la lucidité et la causticité des héroïnes. Celles qui remarquent que " [leur] mariage avait continué tout en devenant de plus en plus inopportun " sont sur la bonne voie!

Elena Lappin a vécu à Moscou, Prague, Hambourg puis Israël, le Canada, les U.S.A. et enfin Londres. Sa connaissance de toutes ces communautés se ressent évidemment, sans animosité, ce qui est rare. Ses personnages sont résolument contemporains, son point de vue aussi. Elle s'en explique par le biais d'un de ces personnages, qui ne lui ressemble pas, mais qui nous rappelle plus d'un écrivain actuel : " A trente-six ans, il avait consacré la majeure partie de sa vie consciente à tenter de déchiffrer la signification d'événements qui s'étaient déroulés longtemps avant sa naissance. Cette approche ne laissait pas la moindre place pour assumer la responsabilité de ce qui arriverait dans les années qui restaient à vivre ".

Barbara Marmonier
(mai 2000)

du même auteur
L'homme qui avait deux têtes, Editions de l'Olivier, 2000
(relate "l'affaire Wilkomirski")




Critiques

http://www.nytimes.com/books/99/08/22/reviews/990822.22amidont.html

http://www.mostlyfiction.com/family/lappin.htm