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Lucidité conjugale
"Tous
les émigrés ont la même histoire à raconter
: il y a cette petite mort lorsqu'ils quittent leur patrie puis
cette euphorie fugitive lorsqu'ils s'imaginent avoir trouvé une
chance inespérée de réécrire leur existence
dans une société libre, et, enfin, la tristesse qui
ne les quittera plus dès l'instant où ils comprennent
qu'ils ont choisi de se couper irrémédiablement de
leurs racines. " Dixit un spécialiste, le Dr Poussard,
dans la nouvelle Le train noir. Et pourtant, dans ce recueil
de nouvelles d'Elena Lappin, chaque récit sur ce thème
du déracinement est différent des autres. Il en ressort
des portraits attachants de jeunes femmes, composant comme elles
peuvent avec leur mariage, l'étranger et la judéité.
Certaines font de la cuisine non casher à leur mari supporter
de foot de l'équipe de Tottenham -dont le vocabulaire érotique
se réduit à ce sport- (Noa et Noah) ; d'autres
deviennent conductrices de taxis passionnées par les rues
de Londres (Les Paons) ; toutes, et c'est là ce qui
est déprimant, ne semblent exister sans leur mariage. Dans
Le ruban rose, une jeune Allemande, Monika, décide
de se convertir pour l'amour d'un écrivain célèbre, Max Kamenski,
qui " n'est même pas circoncis ". Elle épousera
son professeur d'hébreu avec lequel elle vivra en Israël.
C'est finalement en tant que veuve qu'elle sera vraiment libre.
Ce constat un peu effrayant est toujours contrebalancé chez
Lappin par la lucidité et la causticité des héroïnes.
Celles qui remarquent que " [leur] mariage avait continué
tout en devenant de plus en plus inopportun " sont sur la bonne
voie!
Elena Lappin a vécu à Moscou, Prague, Hambourg puis
Israël, le Canada, les U.S.A. et enfin Londres. Sa connaissance
de toutes ces communautés se ressent évidemment, sans
animosité, ce qui est rare. Ses personnages sont résolument
contemporains, son point de vue aussi. Elle s'en explique par le
biais d'un de ces personnages, qui ne lui ressemble pas, mais qui
nous rappelle plus d'un écrivain actuel : " A trente-six
ans, il avait consacré la majeure partie de sa vie consciente
à tenter de déchiffrer la signification d'événements
qui s'étaient déroulés longtemps avant sa naissance.
Cette approche ne laissait pas la moindre place pour assumer la
responsabilité de ce qui arriverait dans les années
qui restaient à vivre ".
Barbara
Marmonier
(mai 2000)
du
même auteur
L'homme qui avait deux têtes,
Editions de l'Olivier, 2000
(relate "l'affaire
Wilkomirski")

Critiques
http://www.nytimes.com/books/99/08/22/reviews/990822.22amidont.html
http://www.mostlyfiction.com/family/lappin.htm
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