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L’engagement,
mais pas seulement
Lania vit dans
son village, entourée de ses frères et sœurs,
de parents aimants qu’elle aide aux champs. Malgré
les sécheresses ou les inondations, la pauvreté endémique
et les nombreuses responsabilités qui lui incombent, elle
aime cette existence simple, la seule qu’elle connaisse, même
si elle cherche sa place, entre les « grands » et les
« petits », et rêve au jour où enfin elle
sera « grande » elle aussi. Mais quand des étrangers
viennent proposer à ses parents de l’emmener travailler
en ville (« Vous voulez son bonheur, n’est-ce pas,
alors laissez-la partir avec nous »), tout va trop vite
pour que la fillette sache comment réagir – «
Elle est triste, mais se dit que c’est peut-être
ça, devenir grand. ». Loin de son village natal,
de ceux qu’elle aime, Lania s’accoutume peu à
peu à vivre enfermée dans un appartement froid et
sans vie, employée illégalement comme petite bonne
à tout faire par une femme ni cruelle ni attachante, plus
pathétique que haïssable.
La trame de ce court roman est classique : une fillette arrachée
à sa famille doit trouver de nouveaux repères dans
un univers déstabilisant, dépourvu de chaleur humaine,
envahi d’objets dont elle ne connaît pas l’usage
; entourée de gens qu’elle a du mal à comprendre,
Lania n’a pas nécessairement conscience de sa condition
d’esclave, mais elle sent bien que quelque chose n’est
pas normal, que la vie « mécanique » qu’elle
mène désormais ne peut être la seule qui lui
soit réservée. Alors elle rêve de son village,
les souvenirs remontent et l’aident à surmonter le
quotidien… jusqu’au jour où une rencontre va
tout changer.
On aura compris qu’à travers l’histoire de Lania,
l’auteure entend dénoncer les injustices faites à
l’enfance (privée d’école, de famille,
d’amour – et tout simplement d’enfance), et l’on
repense entre autres au roman de Mano Gentil, Liberty
Chérie, qui traitait un thème similaire ;
mais au-delà des aspects engagés du roman, d’autres
qualités affleurent, des éléments qui permettent
au roman de se dégager d’un utilitarisme parfois irritant
en littérature jeunesse, et qui expliquent le plaisir qu’on
prend à le lire : l’écriture sereine, le traitement
tout en sobriété, qui évite de jouer sur la
corde sensible, exposant les faits tels quels, sans manichéisme
abusif, mais aussi la poésie qui émane de la vie d’avant
(celle qui se déroule au village, pourtant rarement idéalisée),
ou encore la finesse avec laquelle le choc de la rupture, les sentiments
d’angoisse et les émotions successives de la fillette
sont évoqués.
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Ajoutons
que l’ensemble, sans être atemporel, se déroule
dans un lieu indéterminé – probablement
l’Afrique ? Peut-être les illustrations, même
en étant réussies, nous incitent-elles à
le croire et dictent-elles ce choix. En tout cas un pays
dont les caractéristiques restent suffisamment floues
pour permettre d’universaliser quelque peu le propos
et laisser le lecteur libre de faire jouer son imagination.
B.
Longre
(mars 2008)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.nathan.fr/
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