Le
français, langue d’origine étrangère
Dans le cadre
des contributions de la Maison des cultures du monde à Francofffonies
- Le Festival francophone en France, la revue Internationale de
l’Imaginaire a proposé à une bonne trentaine
d’auteurs de s’exprimer sur « l’apport
des écrivains francophones à la langue française
». Qui de mieux placé que ces écrivains
venus d’ailleurs (que le français soit leur langue
maternelle ou leur langue d’adoption) pour développer
un thème qui, tout en se rattachant à une préoccupation
d’aujourd’hui, sort un peu des sentiers battus et rebattus
?
Evidemment,
cela donne un foisonnement d’idées, de réactions,
selon l’expérience, les origines, la sensibilité
de chacun – et la préface de Jean Duvignaud,
qui place l’ouvrage sous le signe du paradoxe historique et
du métissage, annonce l’intérêt de la
suite : « Une langue – la nôtre – n’est
pas une institution momifiée, prisonnière de ses frontières,
mais une attente, une promesse ».
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Langue
ouverte et plurielle, le français a des chances d’inaugurer
« un nouvel universalisme » (la formule
est de Naïm Kattan), « un dialogue pour la
culture », comme le dit, entre beaucoup d’autres,
Jean-Baptiste Tati-Loutard : « La francophonie
africaine aura sans doute permis aux Français d’échapper
à l’ethnocentrisme hexagonal » (on
peut assurément le dire de toutes les francophonies).
Il ne s’agit donc pas de « défendre »,
ni même d’« illustrer » une langue
rigide et figée, mais de « reculer les
frontières linguistiques et géographiques
pour inventer de nouveaux territoires, au-delà de
l’histoire », selon José Pliya ;
ou, tout simplement, de « donner la parole »
à la langue, selon Virgil Tanase.
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Il ne devrait
pas non plus s’agir de se limiter à l’existant,
dénoncé par Vénus Koury-Ghata (« Les
francophones de notre espèce sont déballés
une fois l’an pour la semaine de la francophonie, puis soumis
à un interrogatoire serré : "Pourquoi écrivez-vous
en français ?", "Qu’est-ce que cette langue
vous apporte ?" »), mais de favoriser une vraie
langue de création, toujours en évolution : «
Le français, tel que je l’écris, ou même
tel que je le parle, c’est une langue que je fabrique »,
lance Driss Chraïbi (cité ici par Abdourahman
A. Waberi à propos de l’« Afrique des langues
prêtées, Afrique des langues mêlées »).
Certains vont jusqu’à contester la question qui leur
est posée : Abdeljelil Lahjomri voudrait plutôt parler
de « l’influence des écrivains francophones
sur la langue arabe, et de leur apport à la culture de leur
pays » – programme qui toutefois ne contredit pas
vraiment ce qu’avance Georges-Emmanuel Clancier à propos
d’« unité et multiplicité des lettres
françaises».
Ces quelques
aperçus ne rendent pas totalement compte des constats, opinions,
hypothèses, affirmations, réfutations développés
dans le livre. De l’Afrique aux Antilles, du Québec
au Liban, de l’Europe au Maghreb, il faudrait s’en remettre
à tous les écrivains invités, à toutes
les plumes qui mettent leur talent littéraire au service
d’une réflexion multiple. On se contentera –
mais quel contentement ! – de laisser chanter René
Depestre dans un extrait de son « libre éloge de
la langue française » :
De
temps à autre il est bon et juste
de conduire à la rivière
la langue française
et de lui frotter le corps
avec les herbes parfumées
qui poussent en amont
de nos vertiges d’anciens nègres marrons.
Jean-Pierre
Longre
(juillet 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.actes-sud.fr
Lire
aussi
La
Francophonie de Claire Tréan - Le Cavalier Bleu, «
Idées reçues », 2006
Les voleurs de langue
de Jean-Louis Joubert - Philippe Rey, 2005
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thématique Francophonie
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