Anton Tchekhov

mise en scène
Philippe Calvario
traduction
André Markowicz / Françoise Morvan

Théâtre des Célestins, Lyon
du 26 mars au 6 avril 2002

 

 

du même auteur
Platonov
(mise en scène Eric Lacascade, Avignon 2002)
Le Chant du cygne et autres histoires (mise en scène de Planchon, TNP)

 

en tournée 2002

Brest du 19 mars au 22 mars 2002
Lyon
du 26 mars au 6 avril 2002
Bordeaux du 9 au 13 avril 2002
Dijon
du 16 au 20 avril 2002
Nevers
du 23 au 24 avril 2002
Blois
du 27 au 29 avril 2002
Paris, Théâtre des Bouffes du Nord
du 21 mai au 30 juin 2002



"La mouette, oiseau étrange et fascinant, grand point d'interrogation qui me permet de mettre en abîme et de résoudre mes propres questions de jeune metteur en scène, de partir à la recherche de ces fameuses formes nouvelles dont parle Treplev et dont je ressens si fort le besoin sur un plateau de théâtre." Ces mots de Philippe Calvario, qui, après un brillant Cymbeline, s'attaque à une autre grande pièce, témoignent de la sympathie qu'il éprouve pour Tchékhov, à travers le personnage de Konstantin Treplev : un jeune dramaturge à la fois rejeté et jalousé par une mère actrice, Arkadina, qui ne peut supporter la "décadence" des tentatives d'écriture de son fils. Lui méprise l'amant de sa mère, Trigorine, à qui elle voue un culte,un écrivain reconnu, mais que Treplev trouve ennuyeux : pour le jeune homme, copier la nature ne peut être une forme d'art, l'art autonome doit émerger d'un idéalisme non fonctionnel, et se détacher du vécu.

Photo Alain Dugas

Pièce intellectuelle qui ne se départit pourtant nullement d'humanité, cette "comédie" (ainsi nommée par Tchekhov) a tout de la farce tragique, et son essence thématique est résumée dans le "prologue" librement ajouté par Philippe Calvario : Macha, torturée par la vie, qui chante le célèbre "Satisfaction" des Rolling Stones... Un choix surprenant au premier abord, mais en harmonie avec les sentiments confus de la pièce, tout entière sous le signe du désir incompris et insatisfait, qu'il soit question d'art ou d'amour, ou bien des deux simultanément... Treplev ne parvient pas à s'attirer l'amour de sa mère et elle ne le comprend pas ; Macha est aimée de l'instituteur Medvedenko, mais elle aime Treplev, qui lui, aime Nina, une jeune voisine tentée par le métier de comédienne. Celle-ci tombe pourtant amoureuse de Trigorine, lui-même attaché à Arkadina... Une intrigue moliéresque ? Plutôt une tragédie de l'amour manqué, où chacun des personnages semble vivre dans l'attente d'un avenir impossible et d'un irréel rêvé ; cette douloureuse expectative englobe aussi l'art, car La mouette est en quelque sorte l'autobiographie littéraire de Tchekhov, la pièce où deux des personnages sont ses doubles : le jeune Treplev, qui prône de nouvelles formes dramatiques tout en doutant de sa foi dans l'art, et Trigorine, l'auteur vieillissant qui, dans l'intimité, doute de son talent et de son rôle d'écrivain célèbre. Ainsi, s'enchevêtrent sans fin des thèmes humains et littéraires , où les intrigues amoureuses jouent le rôle de catalyseur des pulsions artistiques, et où la vision de l'art et l'amour de la scène ou de la littérature peuvent être un obstacle à l'amour humain.

La mise en scène de Philippe Calvario, fantaisiste, spontanée, donne un nouveau charme poétique à cette pièce qui a parfois tendance à intellectualiser les sentiments humains : Beaucoup de drôlerie, des détails anachroniques (dans les costumes et les comportements) qui n'ont cependant rien de "gadgets" et des chants dans la première partie, une comédie colorée d'amertume et de regrets, et un décalage humoristique favorisé par des interludes musicaux plutôt satiriques ; des séquences qui n'auront plus lieu d'être en deuxième partie, qui se déroule deux ans plus tard : là, le décor crépusculaire provoque une rupture de ton ; symboliquement, le petit bureau où écrit Treplev (qui commence à se faire un nom en littérature) est précairement posé sur un sol rocailleux, qui surplombe le reste de l'espace scénique : une façon de traduire l'aridité du désespoir ambiant, à l'image du désir et de l'amour qui semblent s'être désséchés, sans pour autant mourir : Macha aime toujours Treplev et lui semble toujours épris de Nina, sa mouette ; l'oncle Sorine, vieux et malade, gémit sur son sort et la mélancolie de Treplev, qui a le sentiment que la routine s'installe, domine ces dernières scènes. La tragédie prend ainsi du poids et l'on apprécie la justesse de ce changement de tonalité, en total accord avec l'oeuvre.
Quant aux acteurs, leur jeu est parfait, calculé, mais aussi spontané et vif, parfois imprévisible et léger, et les 2h40 de ce savoureux spectacle filent à toute allure. Philippe Calvario, qui a ici effectué un parfait dosage de classicisme et d'innovation, montre ainsi comment l'on peut rester fidèle à l'oeuvre d' un auteur, tout en en transformant délicatement la forme, afin de "lutter encore et toujours contre la convention, l'attendu".

Blandine Longre
(mars 2002)

 

Distribution
Dominique Blanc, qui devait interpréter le rôle de Nina s'est blessée lors d'une répétition au Théâtre National de Bretagne à Rennes (lieu de création de La pièce).
C'est donc Irène Jacob qui interprétera le rôle de Nina à Lyon, en attendant le rétablissement de Dominique Blanc.

avec Irène Jacob / Dominique Blanc, Philippe Calvario ou Thierry de Peretti, Madeleine Franco, Florence Giorgetti, Jean-Claude Jay...


Par le même metteur en scène
Cymbeline de Shakespeare

Théâtre des Célestins
Lyon : 04 72 77 4000


Photo Alain Dugas


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http://www.bouffesdunord.com/saison_fiche.cfm?id=378

http://www.colline.fr/site/lexi5tch.htm

http://www.denise-pelletier.qc.ca/fiches/auteurs/tchekhov.html

http://www.russie.net/litterature/tchekhov.htm