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le texte est
publié aux éditions Les cahiers du soleil debout,
Editions Lansman
du même
auteur Histoire aux cheveux
rouges
(Les cahiers du soleil debout, Editions Lansman, 2002)
Nelly
et ses parents vivent dans une grande ville sinistre, un décor
qui annonce d'entrée le matérialisme qui compose
l'âme de certains des personnages ("de grands
immeubles aux façades anonymes, des longs murs aveugles
(...) une réalité oppressante, froide et grise").
Car Nelly est l'image même de l'enfance opprimée,
malmenée psychiquement par des parents castrateurs, qui
déjà planifient son existence et le moindre de
ses gestes. Ridiculisés par l'auteur, Monsieur Père
et Madame Mère ne cessent de harceler cette petite fille
qui parle peu, mais qui déjà, selon eux, "marche
à l'envers", alors qu'ils entrevoient chez elle
la naissance d'un désir : sortir du chemin bien tracé
et leur échapper. Le discours parental n'est donc qu'une
interminable série d'interdictions, d'injonctions ("Nelly
! Qu'est-ce que tu fais ? Tu regardes encore par-dessus le mur
? Je ne veux pas le répéter ! Ton piano ! Tu entends,
ton piano ! Veux-tu jouer ton piano ?") et de conseils
contradictoires, qui ne font qu'accentuer le silence de la petite
fille et la caricature parentale : Monsieur Père, dans
son petit jardin entouré de murs qui cachent la ville,
s'acharne à faire végéter un arbre malingre
("trois branches et une seule feuille"), tandis
que Madame mère exhorte sa fille à jouer encore
et encore du piano, à ne pas se mêler des discussions
des adultes ; l'espace vital de la petite fille se réduit
à un piano-geôlier, tant ses parents l'y ont presque
littéralement enchaînée.
Le soir venu, après le départ des tyrans, Nelly
s'empresse de fuir ; elle se retrouve un peu perdue, au milieu
de la rue. La rencontre avec Nam et Banjo Man est tout d'abord
difficile, car Nelly, déboussolée, tente de se
raccrocher aux valeurs parentales ("On ne doit pas dire
"tu" aux gens que l'on ne connaît pas (...)
Moi, je suis bien élevée... Je ne gribouille pas
d'arbres sur les murs...") mais bien vite, les deux
vagabonds, ignorant le ton scandalisé d'un garde-rue
ultra consciencieux, donnent à Nelly le goût d'une
liberté jusqu'alors inconnue, une liberté d'action
qui aura des conséquences fâcheuses pour les oppresseurs,
mais heureuses pour les autres... |
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Incompréhension
entre générations, mais surtout entre deux univers
qui se côtoient sans cesse : celui de l'enfance et de
la poésie, un espace où tout est permis (mais
pas seulement réservé aux enfants), celui de l'arbre
qui s'épanouit en pleine terre. L'autre univers appartient
aux ennemis de la liberté, un monde bétonné,
pétri d'interdictions et fondé sur un ensemble
de valeurs mesquines et illogiques ; Monsieur Père, Madame
Mère et les autres n'ont pas de véritables noms
: ils sont uniquement perçus comme des personnages fonctionnels,
symboles du totalitarisme ambiant. Face à eux, Nelly
n'a d'autres armes que la désobéissance et l'insolence
; Nam, lui, dessine des arbres sur les murs et Banjo Man joue
du ... saxophone aux passants ("Banjo Man ? Impossible
! N'aime pas ça du tout. Pas du tout. Tu joues du saxophone
... Pourquoi Banjo Man" invective le garde-rue). |
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L'auteur
manie parfaitement le symbolisme des objets et des personnages
; un symbolisme simple, à la portée de tous,
mais qui n'en perd pas pour autant sa force d'évocation,
comme l'arbre que Nelly et ses amis libèrent de son
pot. C'est aussi le langage qui dénonce les contradictions
parentales ("tu commences à te faire gran-an-de,
ma petite Nelly (...)à ton âge, on ne va pas
au cinéma", lui disent ses parents, assurés
de leur bonne foi).
Entre rêve et réalité, cette pièce
est ainsi une allégorie politique et sociale qui prend
la défense des enfants, des artistes et de la nature
dans sa lutte contre la ville qui s'étend à
l'infini, véritable incarnation d'un pouvoir tentaculaire
et de l'enfermement étatique.
Blandine Longre
(novembre 2001)
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Maurice
Yendt, auteur et metteur en
scène, a écrit 28 pièces. Il est également
le créateur et le directeur du Théâtre des Jeunes
Années, Centre Dramatique National, et depuis 1977, avec
Michel Dieuaide, le co-directeur artistique de la Biennale
du Théâtre Jeunes Publics de Lyon.
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