du 19 au 29 mars 2002
au TJA, Lyon

une pièce de Maurice Yendt

pour tout public
à partir de 6/7 ans

 

le texte est publié aux éditions Les cahiers du soleil debout, Editions Lansman

du même auteur Histoire aux cheveux rouges
(Les cahiers du soleil debout, Editions Lansman, 2002)

Nelly et ses parents vivent dans une grande ville sinistre, un décor qui annonce d'entrée le matérialisme qui compose l'âme de certains des personnages ("de grands immeubles aux façades anonymes, des longs murs aveugles (...) une réalité oppressante, froide et grise"). Car Nelly est l'image même de l'enfance opprimée, malmenée psychiquement par des parents castrateurs, qui déjà planifient son existence et le moindre de ses gestes. Ridiculisés par l'auteur, Monsieur Père et Madame Mère ne cessent de harceler cette petite fille qui parle peu, mais qui déjà, selon eux, "marche à l'envers", alors qu'ils entrevoient chez elle la naissance d'un désir : sortir du chemin bien tracé et leur échapper. Le discours parental n'est donc qu'une interminable série d'interdictions, d'injonctions ("Nelly ! Qu'est-ce que tu fais ? Tu regardes encore par-dessus le mur ? Je ne veux pas le répéter ! Ton piano ! Tu entends, ton piano ! Veux-tu jouer ton piano ?") et de conseils contradictoires, qui ne font qu'accentuer le silence de la petite fille et la caricature parentale : Monsieur Père, dans son petit jardin entouré de murs qui cachent la ville, s'acharne à faire végéter un arbre malingre ("trois branches et une seule feuille"), tandis que Madame mère exhorte sa fille à jouer encore et encore du piano, à ne pas se mêler des discussions des adultes ; l'espace vital de la petite fille se réduit à un piano-geôlier, tant ses parents l'y ont presque littéralement enchaînée.
Le soir venu, après le départ des tyrans, Nelly s'empresse de fuir ; elle se retrouve un peu perdue, au milieu de la rue. La rencontre avec Nam et Banjo Man est tout d'abord difficile, car Nelly, déboussolée, tente de se raccrocher aux valeurs parentales ("On ne doit pas dire "tu" aux gens que l'on ne connaît pas (...) Moi, je suis bien élevée... Je ne gribouille pas d'arbres sur les murs...") mais bien vite, les deux vagabonds, ignorant le ton scandalisé d'un garde-rue ultra consciencieux, donnent à Nelly le goût d'une liberté jusqu'alors inconnue, une liberté d'action qui aura des conséquences fâcheuses pour les oppresseurs, mais heureuses pour les autres...
Incompréhension entre générations, mais surtout entre deux univers qui se côtoient sans cesse : celui de l'enfance et de la poésie, un espace où tout est permis (mais pas seulement réservé aux enfants), celui de l'arbre qui s'épanouit en pleine terre. L'autre univers appartient aux ennemis de la liberté, un monde bétonné, pétri d'interdictions et fondé sur un ensemble de valeurs mesquines et illogiques ; Monsieur Père, Madame Mère et les autres n'ont pas de véritables noms : ils sont uniquement perçus comme des personnages fonctionnels, symboles du totalitarisme ambiant. Face à eux, Nelly n'a d'autres armes que la désobéissance et l'insolence ; Nam, lui, dessine des arbres sur les murs et Banjo Man joue du ... saxophone aux passants ("Banjo Man ? Impossible ! N'aime pas ça du tout. Pas du tout. Tu joues du saxophone ... Pourquoi Banjo Man" invective le garde-rue).

L'auteur manie parfaitement le symbolisme des objets et des personnages ; un symbolisme simple, à la portée de tous, mais qui n'en perd pas pour autant sa force d'évocation, comme l'arbre que Nelly et ses amis libèrent de son pot. C'est aussi le langage qui dénonce les contradictions parentales ("tu commences à te faire gran-an-de, ma petite Nelly (...)à ton âge, on ne va pas au cinéma", lui disent ses parents, assurés de leur bonne foi).
Entre rêve et réalité, cette pièce est ainsi une allégorie politique et sociale qui prend la défense des enfants, des artistes et de la nature dans sa lutte contre la ville qui s'étend à l'infini, véritable incarnation d'un pouvoir tentaculaire et de l'enfermement étatique.

Blandine Longre
(novembre 2001)

 

Maurice Yendt, auteur et metteur en scène, a écrit 28 pièces. Il est également le créateur et le directeur du Théâtre des Jeunes Années, Centre Dramatique National, et depuis 1977, avec Michel Dieuaide, le co-directeur artistique de la Biennale du Théâtre Jeunes Publics de Lyon.