The Namesake
Harper Perennial, 2004

Un nom pour un autre
traduit par Bernard Cohen
Robert Laffont 2006

 


Nom dit, non dit.

Le namesake, c’est l’homonyme, celui qui porte le même nom, ou d’après lequel on est nommé. C’est, dans ce roman, ce qui scinde l’histoire d’un jeune homme, né aux Etats-Unis dans les années soixante, de parents originaires d’Inde. Son père est étudiant, puis professeur au très prestigieux Massachusetts Institute of Technology, sa mère, qui n’a quitté l’Inde qu’après son mariage, est nourrie de littérature anglaise. Bien que très ‘intégrés’, ses parents restent attachés à leur propres traditions, et s’adapteront, au rythme de leurs enfants, à un différent mode de vie, qui les laisse parfois étonnés, ou choqués.
La première surprise, qui marque toute la jeunesse de leur fils, c’est le nom. Lorsqu’elle accouche, sa mère Ashima n’a pas décidé d’un nom pour le bébé. Pour elle, comme pour son mari, cela peut attendre, ce n’est pas la coutume. Contraints de déclarer un prénom pour le nouveau-né, ils sont pris de court. Ils pensaient attendre la lettre de l’aïeule qui a choisi un prénom. Mais la lettre tardera toujours… L’enfant est appelé Gogol, en hommage à l’écrivain russe que son père admire et qui l’a accompagné dans sa vie. Pour eux, il s’agit du ‘pet name’, le prénom intime, réservé à la famille aux amis. Quelle surprise quand ils découvriront, à l’entrée à l’école, son caractère officiel et irrévocable, alors qu’ils souhaitent l’inscrire sous son ‘good name’, le bon prénom, le prénom social utilisé dans la vie professionnelle et publique. Ils ont choisi Nikhil, toujours en référence à l’auteur. Et se heurtent à l’incompréhension de l’enfant, qui n’a pas envie de changer, et de la directrice, qui ne voit pas pourquoi elle l’inscrirait sous un autre nom, qui n’est même pas un diminutif ou un prénom usuel. Mais Gogol restera troublé par son nom, qui bien vite lui paraît ridicule, et qui l’attache à une tradition familiale qui l’irrite.

L’histoire, finement observée mais apparemment assez banale, d’un jeune américain dans une banlieue résidentielle, prend du relief avec cette recherche d’identité de Gogol, matérialisée par ses deux noms. Jeune adulte, il fait un choix, résolu à se distancier de ce ‘Gogol’ qui lui pèse. Mais se nommer soi-même ne suffit pas à se connaître et se trouver. Qu’il le veuille ou non, ses rencontres, ses amours oscillent entre le tout-américain et le poids –ou la familiarité - de ses racines Bengalis. Il ne s’agit cependant pas simplement dans ce livre de montrer une double appartenance, entre le pays où l’on est et celui d’où l’on vient. Cette question est présente, mais il s’y mêle la relation de Gogol avec ses parents et sa lointaine famille, et son conflit avec son prénom, qui ne relève pas d’un choc des cultures, mais bien plutôt de cultures mêlées, d’une histoire familiale empreinte du goût pour les littératures étrangères.

Cela se fait de façon très fluide, dans une narration qui ne paraît s’étonner de rien. L’histoire des parents occupe une place importante dans le récit, en particulier au début, et le couple Ashoke-Ashima ‘existe’ tout autant que le héros. L’auteur utilise un style très factuel, presque journalistique, pour rapporter les menus événements de la vie de ses personnages. Elle ne juge ni ne commente, et il revient au lecteur de s’y glisser, avec plaisir.

Laurence Tourniaire
(septembre 2005)

Laurence Tourniaire, documentaliste, agrégée d’anglais, apprécie tout particulièrement la littérature anglophone et la littérature pour la jeunesse, mais est aussi une passionnée d’art lyrique et signe de nombreux articles dans ce domaine.

du même auteur
The interpreter of maladies / L'interprčte des maladies
1999, (Flamingo / Hoghton Mifflin 1999 - Mercure de France, 2000)


Pulitzer Prize
http://www.pulitzer.org/year/2000/fiction/bio/


analyses
http://endeavor.med.nyu.edu/lit-med/lit-med-db/webdocs/
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