Nom dit,
non dit.
Le namesake,
c’est l’homonyme, celui qui porte le même nom,
ou d’après lequel on est nommé. C’est,
dans ce roman, ce qui scinde l’histoire d’un jeune homme,
né aux Etats-Unis dans les années soixante, de parents
originaires d’Inde. Son père est étudiant, puis
professeur au très prestigieux Massachusetts Institute of
Technology, sa mère, qui n’a quitté l’Inde
qu’après son mariage, est nourrie de littérature
anglaise. Bien que très ‘intégrés’,
ses parents restent attachés à leur propres traditions,
et s’adapteront, au rythme de leurs enfants, à un différent
mode de vie, qui les laisse parfois étonnés, ou choqués.
La première surprise, qui marque toute la jeunesse de leur
fils, c’est le nom. Lorsqu’elle accouche, sa mère
Ashima n’a pas décidé d’un nom pour le
bébé. Pour elle, comme pour son mari, cela peut attendre,
ce n’est pas la coutume. Contraints de déclarer un
prénom pour le nouveau-né, ils sont pris de court.
Ils pensaient attendre la lettre de l’aïeule qui a choisi
un prénom. Mais la lettre tardera toujours… L’enfant
est appelé Gogol, en hommage à l’écrivain
russe que son père admire et qui l’a accompagné
dans sa vie. Pour eux, il s’agit du ‘pet name’,
le prénom intime, réservé à la famille
aux amis. Quelle surprise quand ils découvriront, à
l’entrée à l’école, son caractère
officiel et irrévocable, alors qu’ils souhaitent l’inscrire
sous son ‘good name’, le bon prénom,
le prénom social utilisé dans la vie professionnelle
et publique. Ils ont choisi Nikhil, toujours en référence
à l’auteur. Et se heurtent à l’incompréhension
de l’enfant, qui n’a pas envie de changer, et de la
directrice, qui ne voit pas pourquoi elle l’inscrirait sous
un autre nom, qui n’est même pas un diminutif ou un
prénom usuel. Mais Gogol restera troublé par son nom,
qui bien vite lui paraît ridicule, et qui l’attache
à une tradition familiale qui l’irrite.
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L’histoire,
finement observée mais apparemment assez banale, d’un
jeune américain dans une banlieue résidentielle,
prend du relief avec cette recherche d’identité
de Gogol, matérialisée par ses deux noms. Jeune
adulte, il fait un choix, résolu à se distancier
de ce ‘Gogol’ qui lui pèse. Mais se nommer
soi-même ne suffit pas à se connaître et
se trouver. Qu’il le veuille ou non, ses rencontres, ses
amours oscillent entre le tout-américain et le poids
–ou la familiarité - de ses racines Bengalis. Il
ne s’agit cependant pas simplement dans ce livre de montrer
une double appartenance, entre le pays où l’on
est et celui d’où l’on vient. Cette question
est présente, mais il s’y mêle la relation
de Gogol avec ses parents et sa lointaine famille, et son conflit
avec son prénom, qui ne relève pas d’un
choc des cultures, mais bien plutôt de cultures mêlées,
d’une histoire familiale empreinte du goût pour
les littératures étrangères. |
Cela se fait
de façon très fluide, dans une narration qui ne paraît
s’étonner de rien. L’histoire des parents occupe
une place importante dans le récit, en particulier au début,
et le couple Ashoke-Ashima ‘existe’ tout autant que
le héros. L’auteur utilise un style très factuel,
presque journalistique, pour rapporter les menus événements
de la vie de ses personnages. Elle ne juge ni ne commente, et il
revient au lecteur de s’y glisser, avec plaisir.
Laurence
Tourniaire
(septembre 2005)
Laurence
Tourniaire, documentaliste, agrégée
d’anglais, apprécie tout particulièrement la
littérature anglophone et la littérature pour la jeunesse,
mais est aussi une passionnée d’art lyrique et signe
de nombreux articles dans ce domaine.

du
même auteur
The interpreter of maladies / L'interprčte
des maladies
1999, (Flamingo / Hoghton Mifflin 1999 - Mercure de France, 2000)
Pulitzer Prize
http://www.pulitzer.org/year/2000/fiction/bio/
analyses
http://endeavor.med.nyu.edu/lit-med/lit-med-db/webdocs/
http://www.saja.org/lahiri.html
http://www.gallimard.fr
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