The interpreter of maladies
1999, (Flamingo / Hoghton Mifflin)
Pulitzer Prize 2000

L'interprčte des maladies
trad. de l 'anglais par J- Aoustin
Mercure de France, 2000

Parution en Folio, Gallimard, mars 2003

 

Jhumpa Lahiri, interprète de l'entre-deux.

L'existence d'une littérature indienne anglophone spécifiquement féminine est décrétée officielle aux Etats-Unis par le jury du Pulitzer Prize*, cette année décerné, pour la fiction, au recueil d'une nouvelliste américaine d'origine Bengali, qui navigue avec aisance entre deux mondes bien distincts. Sans renfermer la poésie de celle de Chitra Divakaruni ou de Bharati Mukherjee, la prose de Jhumpa Lahiri n'en demeure pas moins éblouissante par sa fluidité et sa retenue, d'une belle précision, mettant ainsi l'auteur au rang de celles et ceux dont on sait que la simplicité apparente du style dissimule un univers complexe et respirant l'indicible.
Il en est de même pour les intrigues de ces neuf nouvelles, qui se déroulent principalement aux Etats-Unis mais aussi en Inde : un couple meurtri par la naissance d'un enfant mort-né (A temporary matter) ; des souvenirs d'enfants (When Mr Pirzada came to dinner, Mrs Sen's) marqués par une rencontre étrange et complice (et souvent, c'est grâce au regard d'un enfant que l'auteur apprivoise son lecteur ; de ces nouvelles dont le narrateur est un enfant devenu adulte, émane une nostalgie douloureuse) ; la journée de Mr Kapasi, 'interprète de maladies / de maux', guide touristique en fin de semaine : confronté à une famille américaine en visite dans son pays d'origine, l'Inde, il observe puis tombe sous le charme de Mrs Das, épouse indifférente (Interpreter of maladies) ; la liaison terne et ordinaire d'une jeune américaine et d'un Indien émigré marié et la rencontre de cette même femme avec un jeune garçon Indien (Sexy)...

L'auteur ne cesse d'interroger la rencontre déboussolante de deux cultures et sa vision optimiste tout en demi-teintes, empreinte de sagesse et de tolérance, ne peut que séduire : Ni rejet, ni cataclysme, plutôt un étonnement, une curiosité toute naturelle. Les immigrants indiens en Amérique (ou en Grande-Bretagne, dans The third and final continent) malgré leur trouble et leur désir de conserver un tant soit peu leur identité, s'adaptent aux vies qu'ils se sont choisies, ou qu'on a choisies pour eux... même si parfois, en Amérique, les mésententes conjugales s'épanouissent comme cela n'aurait pu se passer en Inde (A temporary matter, This blessed house).
Paradoxalement, c'est dans les deux nouvelles purement indiennes, sans exotisme de bazar, qu'on est touché par une vision humaniste universelle illustrée par les déboires de deux femmes simples : Boori Ma (A real durwan) et Bibi Haldar (The treatment of Bibi Haldar) ; toutes deux pariah, la première par son statut de balayeuse et la deuxième par un mal étrange et honteux, elles seront à la merci de la cruauté ou de la compassion de leurs voisins. Là encore, la leçon de tolérance prédomine : accepter l'autre dans toute sa différence, quel que soit son genre, sa position sociale ou son pays d'origine : homme ou femme, Indien ou Américain, riche ou pauvre, enfant ou adulte...
Il semble que sa double identité permet à l'auteur d'obtenir ce ton étincelant et sobre à la fois et de multiplier les narrateurs, dont les voix nous parviennent sincèrement authentiques. Cet ouvrage est un hymne polyphonique, doux et profond, à un monde multiculturel parfaitement vivable, qui s'affirme ici sans utopie.

B.Longre

* Ceci avait déjà eu lieu en Grande-Bretagne, lors de l'attribution du Booker Prize au vibrant The god of small things d'Arhundati Roy (Le Dieu des petits riens) en 1997.

voir aussi
The Namesake, Harper Perennial, 2004

Pulitzer Prize
http://www.pulitzer.org/year/2000/fiction/bio/


analyses
http://endeavor.med.nyu.edu/lit-med/lit-med-db/webdocs/
http://www.saja.org/lahiri.html

http://www.gallimard.fr