L’Agenda
de Hélène Montardre

Rageot romans 2006
à partir de 12 ans

 

 

Les pièges du je

Jérémie, un garçon de cinquième, trouve – vole – l’agenda d’une fille du collège. Il plonge dans son intimité : pensées, poèmes, images, mots d’ami(e)s et mots d’amour, rendez-vous…et n’a plus qu’une idée : trouver la propriétaire de l’agenda, la connaître, entrer dans sa vie (et dans son agenda).
Le livre tente de donner une idée de l’esthétique particulière du journal d’adolescente (voir Le Moi des demoiselles de Philippe Lejeune) et des échanges entre amis de cet âge (l’agenda est plein de mots d’autres camarades que le garçon tente aussi d’identifier) et il imite cet objet : reproduction de graphies particulières, notations de couleurs… Ainsi, se développe un mystère qui s’ajoute à celui de l’identité de la propriétaire de l’agenda : qui est celui ou celle qui intervient régulièrement dans cet agenda de façon à la fois décalée et dramatique ?

Cette trame romanesque forme les deux premiers tiers du livre, intéressants en eux-mêmes, bien qu’on ait du mal à cerner ce personnage de garçon très garçon, tout à coup fasciné et jaloux de l’univers des filles. Ce Jérémie, qui dit “ je ” et nous livre toute l’histoire telle qu’il l’a vécue, jusqu’au dénouement heureux (le début d’une histoire d’amour), peu crédible.

Le dernier tiers du roman (dont on ne dévoilera pas le contenu) renverse totalement la perspective et fait que ce qui faisait la faiblesse du livre (les failles dans le personnage de Jérémie) se retourne en qualité. Comme le Roger Ackroyd d’Agatha Christie, le narrateur, Jérémie, ne dit pas tout. On se trouve alors devant un récit extrêmement retors qu’on a envie de relire immédiatement pour retrouver les indices que l’on n’a pas vus et pour tenter de reconstruire une histoire bien plus complexe que celle que l’on a cru lire. Ce roman est ainsi tout à la fois une bonne histoire de collège, une réflexion intéressante sur les comportements des garçons et des filles, une initiation au journal intime, à son rôle et à son esthétique, et une leçon sur les ruses du “ je ” dans la narration romanesque.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(juin 2006)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

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