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Les
pièges du je
Jérémie,
un garçon de cinquième, trouve – vole –
l’agenda d’une fille du collège. Il plonge dans
son intimité : pensées, poèmes, images, mots
d’ami(e)s et mots d’amour, rendez-vous…et n’a
plus qu’une idée : trouver la propriétaire de
l’agenda, la connaître, entrer dans sa vie (et dans
son agenda).
Le livre tente de donner une idée de l’esthétique
particulière du journal d’adolescente (voir Le
Moi des demoiselles de Philippe Lejeune) et des échanges
entre amis de cet âge (l’agenda est plein de mots d’autres
camarades que le garçon tente aussi d’identifier) et
il imite cet objet : reproduction de graphies particulières,
notations de couleurs… Ainsi, se développe un mystère
qui s’ajoute à celui de l’identité de
la propriétaire de l’agenda : qui est celui ou celle
qui intervient régulièrement dans cet agenda de façon
à la fois décalée et dramatique ?
Cette trame romanesque forme les deux premiers tiers du livre, intéressants
en eux-mêmes, bien qu’on ait du mal à cerner
ce personnage de garçon très garçon, tout à
coup fasciné et jaloux de l’univers des filles. Ce
Jérémie, qui dit “ je ” et nous
livre toute l’histoire telle qu’il l’a vécue,
jusqu’au dénouement heureux (le début d’une
histoire d’amour), peu crédible.
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Le
dernier tiers du roman (dont on ne dévoilera pas le
contenu) renverse totalement la perspective et fait que ce
qui faisait la faiblesse du livre (les failles dans le personnage
de Jérémie) se retourne en qualité. Comme
le Roger Ackroyd d’Agatha Christie, le narrateur, Jérémie,
ne dit pas tout. On se trouve alors devant un récit
extrêmement retors qu’on a envie de relire immédiatement
pour retrouver les indices que l’on n’a pas vus
et pour tenter de reconstruire une histoire bien plus complexe
que celle que l’on a cru lire. Ce roman est ainsi tout
à la fois une bonne histoire de collège, une
réflexion intéressante sur les comportements
des garçons et des filles, une initiation au journal
intime, à son rôle et à son esthétique,
et une leçon sur les ruses du “ je ” dans
la narration romanesque. |
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(juin 2006)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.rageot.fr/
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