Juste la fin du monde
de Jean-Luc Lagarce

Mise en scène François Berreur.
Théâtre des Célestins, Lyon
novembre 2007

 

 


Revenir dans ce qui était sa famille après l’avoir quittée il y a fort longtemps n’est pas facile ! Surtout lorsque certains étaient à l’époque trop jeunes pour qu’ils s’en souviennent maintenant…
Son frère, sa sœur et sa mère, tout entiers occupés par leurs petits problèmes quotidiens et leur existence bien lisse, tout heureux de pouvoir enfin raconter leur vie bien rangée l’accueillent avec un flot de paroles, paroles qui se veulent d’une extrême précision ; lui, imperturbable, les écoute avec attention et respect, il paraît les accepter tels qu’ils sont. Difficile pour lui, l’indifférence affichée par sa mère, les bavardages creux de sa sœur qu’il ne connaît pas, la hargne de ce frère si différent. Tous ces gens-là ont voulu pendant toutes ces années l’effacer de leur vie et de leur mémoire, au point de donner son prénom à son neveu, le même que celui du grand-père décédé. Qu’importe ce qu’il peut ressentir ou ce qu’il a vécu, personne ne lui posera la question et le secret de son départ et de sa vie restera entier : il est différent et cette différence est intimement liée à son départ.
Au milieu de longs monologues juxtaposés excluant tout dialogue, Louis est comme un spectateur qui ne peut qu’écouter ce flot de paroles avec un léger sourire. Venir pour annoncer sa mort prochaine, cela devient bien vite secondaire et il va le découvrir peu à peu, les spectateurs avec lui.
La pièce est suggestive, le texte précis, les personnages sans cesse à la recherche tâtonnante du mot juste, mais le tout n’est jamais moralisant, même si le choix d’Hervé Pierre, qui incarne le personnage de Louis dans une belle interprétation, peut cependant laisser perplexe.

Françoise Anthonioz
(décembre 2007)

http://www.celestins-lyon.org/