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Revenir dans ce qui était sa famille après l’avoir
quittée il y a fort longtemps n’est pas facile ! Surtout
lorsque certains étaient à l’époque trop
jeunes pour qu’ils s’en souviennent maintenant…
Son frère, sa sœur et sa mère, tout entiers occupés
par leurs petits problèmes quotidiens et leur existence bien
lisse, tout heureux de pouvoir enfin raconter leur vie bien rangée
l’accueillent avec un flot de paroles, paroles qui se veulent
d’une extrême précision ; lui, imperturbable,
les écoute avec attention et respect, il paraît les
accepter tels qu’ils sont. Difficile pour lui, l’indifférence
affichée par sa mère, les bavardages creux de sa sœur
qu’il ne connaît pas, la hargne de ce frère si
différent. Tous ces gens-là ont voulu pendant toutes
ces années l’effacer de leur vie et de leur mémoire,
au point de donner son prénom à son neveu, le même
que celui du grand-père décédé. Qu’importe
ce qu’il peut ressentir ou ce qu’il a vécu, personne
ne lui posera la question et le secret de son départ et de
sa vie restera entier : il est différent et cette différence
est intimement liée à son départ.
Au milieu de longs monologues juxtaposés excluant tout dialogue,
Louis est comme un spectateur qui ne peut qu’écouter
ce flot de paroles avec un léger sourire. Venir pour annoncer
sa mort prochaine, cela devient bien vite secondaire et il va le
découvrir peu à peu, les spectateurs avec lui.
La pièce est suggestive, le texte précis, les personnages
sans cesse à la recherche tâtonnante du mot juste,
mais le tout n’est jamais moralisant, même si le choix
d’Hervé Pierre, qui incarne le personnage de Louis
dans une belle interprétation, peut cependant laisser perplexe.
Françoise
Anthonioz
(décembre
2007)

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