de Alain Gomis
France, 2001
Durée 1h30

Sortie le 30 janvier 2002
Léopard du meilleur premier film, Locarno 2001
Sélection officielle Sundance 2002


avec Djolof Mbengue, Delphine Zingg, Samir Guesmi, Theophile Moussa Sowie, Thierno Ndiaye

Dakar et Paris, deux mégalopoles que l'on nous présente dans un imbroglio d'images (activité économique, diversité architecturale, contrastes climatique et culturel). Dans l'entre-deux, El Hadj, étudiant sénégalais à Paris, a en ligne de mire deux objectifs, fixé depuis l'enfance ; réussite universitaire (préparation d'un mémoire), encouragé en cela par ses amis étudiants, sénégalais eux aussi, et retour au pays, la tête bien pleine, mais découragé en cela par ces même amis, devenus eux plus parisiens que sénégalais. Tout semble couler de source pour notre étudiant, mais un oubli de quelques jours sur la validité de sa carte de séjour vient tout remettre en cause. La machine administrative et judiciaire est mise en branle et dévale sur le héros, comme un rouleau compresseur.
Comment un grain de sable peut-il enrayer une machine à rêve et la transformer en une carcasse à l'abandon ? Question à laquelle s'efforce de répondre Alain Gomis de manière limpide et sentimentale, appuyé pour cela par un scénario chronologiquement bien rythmé. Une fois de plus, un artiste se penche sur une histoire à la fois connue et méconnue. Chacun a, dans son entourage proche, un étudiant étranger que l'on sait sans trop de ressources, reclus avec ses livres et son savoir, dans une cité U d'un autre âge. Mais comment un érudit vit-il cette situation de déracinement et le regard porté sur lui par dans cette société ? Il s'interroge sur son retour imminent dans un pays qui change et évolue sans lui et cela depuis plusieurs années. Une situation complexe, pour un homme fragilisé, qui se retrouve dans un no-man's land, cette "Afrance", un lieu que l'on pourrait qualifier d'enfer psychique. Ce récit pourrait être une dénonciation de ces assassinats moraux, parfois même physiques, qui laissent des hommes et des femmes à la dérive, pour qui toute illusion est gommée par une réalité qu'ils n'assument plus et faisant de leur quête un échec. Regarder, pour comprendre un homme en lutte, c'est la proposition de Gomis pour son premier long métrage, à la frontière entre fiction et documentaire.

Reynald Anglio
(janvier 2002)

http://www.afrik.com/journal/decouverte/?dec-383-7.htm

http://sortir.lemonde.fr/article/0,4462,260467,00.html

http://allafrica.com/stories/200110020099.html

http://www.art-et-essai.org/GROUPACTIONFILMS/lafrance.htm