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Le
jeu troublant de l’existence.
Des parents
aimants et une atmosphère familiale relativement paisible
ne pourront empêcher le petit Thomas, qui démarre son
récit à l’âge de cinq ans, de peu à
peu glisser dans un monde parallèle, semi imaginaire, qui
annonce de façon ténue la fracture identitaire à
venir. Les indices offerts au lecteur sont d’abord maigres
: la création, entre autres, d’une famille virtuelle
avec son amie Véronique et ses poupées, un éparpillement
de réalités qui se superposent dans l’esprit
du jeune narrateur et qui n’inquiètent pas d’emblée,
des jeux en surface innocents qui ouvrent pourtant la voie à
un malaise plus ample, qui prend corps quand Thomas (Tom pour lui-même
et Toto pour ses parents…) entre à l’école
primaire, et devient le bouc émissaire d’une catégorie
brutale d’élèves, prompts à tourner en
dérision son comportement qu’ils disent efféminé.
Car Tom n'est pas comme les autres, il est un enfant solitaire et
curieux, fasciné par la grue du ferrailleur ou par les trains
(dont le passage le terrorise pourtant chaque nuit) et l’alignement
de voies de chemin de fer qui se croisent en bas de son immeuble
: il s’approprie ce vaste espace au fil des années,
rien qu’en l’observant depuis la fenêtre du plus
haut palier de l'édifice. Un lieu où, justement, la
vie de sa petite famille de poupées s’organise avec
sérieux.
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L’écriture,
d’abord lisse et comme patinée par le temps, régentant
un récit dont le fil paraît limpide, se fissure
à mesure que l’on se rapproche de l’événement
central qui va conduire à une métamorphose confuse
et troublante, passionnante. La narration nous autorise à
démêler le vrai du faux - tout dépendra
cependant du lecteur, de son degré d’aptitude à
accepter la fiction et ses mises en abyme successives. S’instaure
en sus un autre jeu, subtil et dérangeant, entre le lecteur
et le narrateur tandis que l’énigmatique quête
de Thomas, qui s’accompagne désormais d’un
ardent désir de vengeance, se nourrit de la haine éprouvée
pour tous les conformistes, une colère libératrice
dirigée contre les enfants qui le martyrisaient et qui
ont grandi maintenant : « tout leur est dû,
ils se trouvent importants, drôles, spirituels, ils pensent
que tout le monde rit de leurs blagues, ils pensent que même
les tapettes rient de leurs blagues homophobes et les femmes
de leurs blagues sexistes. » |
Cet étrange
roman dans lequel on entre sans se méfier, retranscrit habilement
les hésitations d’une conscience qui ne sait quel chemin
emprunter, entre le faire-semblant de l’enfance et le simulacre
des adultes : le chemin de la réalité qu’imposent
les autres ou bien celui de la réalité que l’on
s’invente pour, justement, échapper aux autres et à
l’uniformisation qui toujours guette.
B.
Longre
(décembre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.actes-sud.fr/index.htm
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