Un
voyage à multiples escales, pluridimensionnel et
multidisciplinaire
Voilà
ce que nous propose Kenneth White dans Le rôdeur
des confins. Du Nord au Sud, il rôde aux confins
de notre monde, tant terrestre qu’intérieur. Il découvre,
en privilégié, avec un œil toujours frais, des
villes, des paysages, des contrées, des gens, des évènements
passés ou présents. Il se meut dans un espace-temps
sans marges, qui appartient à l’histoire autant qu’à
la géographie, à sa sensibilité personnelle
autant qu’à ce qu’il appelle « une
énergie superpersonelle », à l’âme
du monde.
C’est un voyage intérieur, solitaire dans sa profonde
essence, épicé de rencontres inédites et parfumé
par les souvenirs personnels ou bien culturels et donc collectifs,
de l’auteur. C’est aussi un dialogue entre le passé
et le présent qu’instaure ce livre-pont entre la découverte
des espaces appartenant au présent et l’exploration
du passé de ces mêmes endroits, qui acquièrent
ainsi une dimension mythique. Du Canada au Maroc, de la Corse au
Danemark, des îles polynésiennes à la Pologne,
l’auteur rôde, poussé – aurait-on envie
de dire – par l’éternelle curiosité, élégante
et tranquille, d’un chat en train d’explorer le monde.
Le sentiment de légèreté que son écriture
dégage n’est là que pour augmenter le plaisir
du lecteur à la découverte de l’érudition
de l’auteur. La fraîcheur des sensations, des intuitions,
des inspirations vécues par Kenneth White pousse et entrouvre
doucement la porte de notre propre sensibilité et envie d’aventure.
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Le
rôdeur des confins va son chemin et explore les limites
du monde. Ses compagnons de voyage sont Hermann Melville et
Yurek le Polonais, Ibn Khaldoun et Shlomo l’Andalou,
RL Stevenson et Arsène le Canadien, Fernando Pessoa,
Rousseau, Søren Kierkegaard et Abdallah le Marocain.
Les livres et leurs écrivains l’accompagnent
autant que les gens en chair et en os rencontrés sur
son chemin. Il arrive dans un endroit, se pose sur une terrasse,
savoure un plat typique, un verre de vin ou une conversation
à la table d’à côté, fait
connaissance avec quelqu’un, découvre les environs,
hume l’air, se lève et s’en va vers d’autres
confins. Il choisit son périple et ses escales tel
un chat qui a l’instinct de l’endroit et de la
situation qu’il préfèrera à tous
les autres. Il est à l’écoute de ce rythme
naturel qui l’habite et qui lui enseigne l’harmonie
de l’univers. |
Son voyage
ne pourrait être envisagé sans sa dimension linguistique
: la parole est le guide primordial du voyageur. Par les livres
qu’il évoque ou par les discours de ses rencontres,
Kenneth White sait éveiller notre sensibilité au sens
et à la forme des mots appartenant aux langues des pays qu’il
explore. Ainsi, on le suit dans sa découverte de l’arrêt
de bus grec qui s’appelle « stasis »
et où l’on attend la « metaphora »
; on apprend qu’en polonais novembre se dit « listopad
», ou le mois de la tombée des feuilles ; on savoure
la paix d’un bord de mer avec Camoes et son vers «
O vento dorme, o mar e as ondas jazem » ; on se souvient
du bichlamar, sabir du commerce maritime du Pacifique dans lequel,
pour évoquer le piano, on dit « big fellow bokus
you fight him he cry »…
Dans et par ce livre captivant, Kenneth White est le rôdeur
de ces confins qui nous font tant rêver : il vit le voyage
de façon holistique, métaphysique, et cela tout en
restant très attaché à la terre qu’il
aime et explore, à la découverte de la vie.
Corina
Veleanu
(septembre 2006)

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