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De
la fiction avant tout !
Les éditions
du Panama (nées en 2005 et dirigées par Jacques
Binsztok) proposent déjà un intéressant catalogue
– des œuvres de fiction, des ouvrages pour la jeunesse,
des essais et une revue de belle facture, graphiquement originale,
destinée à paraître deux fois l’an.
Ce premier numéro
s’intéresse de très près à l’assassinat,
au meurtre et à la fascination que la violence individuelle
exerce sur l’imaginaire – quelles que soient les motivations
premières des comportements décrits. Plus d’une
quinzaine de nouvelles rassemblées ici abordent la thématique
: nouvelles policières, de suspense, mini-polars ou drames
humains, dans tous les genres et tous les styles. Une façon
de (re)découvrir plusieurs voix littéraires, une grande
diversité présidant naturellement à l’ensemble.

Catherine
Allézy, Boris Bergman, Fabienne Berthaud, Jérôme
Boursican, Jean-Baptiste Evette, Marie Faucher, Henri Gougaud,
Guillaume Lecasble, Nathalie Leone, Loustal, Elsa Marpeau,
Denis Marquet, Yveline Méhat, Achille Ngoye, Vincent
Ravalec, Gérard Rondeau.
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On s’attardera
sur quelques-uns de ces récits, comme le fascinant
drame conjugal signé Fabienne Berthaud (L’anniversaire
de Betty), auteure de Mal partout (un roman
paru au seuil en 1999 et qui déjà abordait
le sujet), ou Simple distraction d’Henri
Gougaud (son dernier roman, Le voyage d’Anna,
est paru en 2005), dont l’intrigue rappelle adroitement
les nouvelles cocasses et noires de Roal Dahl. On aime aussi
le récit semi fantastique de Jean-Baptiste Evette
(auteur de romans jeunesse et de Jordan Fantosme, de
Rue de la femme sans tête, etc. – Gallimard)
: Peuplier noir (une tentative de meurtre) se présente
comme un récit d’enfance, le narrateur se remémorant
d’angoissantes vacances d’été
passées en grande partie dans les branches d’un
arbre immense dont la véritable nature ne se révèlera
que plus tard. De même, Opération Kirka
(de Boris Bergman, romancier et parolier) est un surprenant
manuscrit reproduit tel quel – aux marges du fantastique,
irracontable (au risque de trop en dire…), mais qu’il
faut lire sans attendre.
D’autres
récits, plus en phase avec la réalité,
donnent du fil à retordre au lecteur : il est ainsi
nécessaire de lire et relire Terror (de
Guillaume Lecasble, auteur de Cut et de Lobster)
pour en saisir le déroulement – tout se passe
dans un restaurant soudain évacué pour cause
d’attentat à la bombe – et de s’attarder
sur Assassiner n’est pas tuer de Jérôme
Boursican, un récit dans lequel un avocat (la profession
de l’auteur) retrace froidement, avec lucidité,
la manière dont il a défendu un assassin (ou
un tueur ?) tchétchène : « il repartit
dans les montagnes du Caucase, commettre d’autres
assassinats en état de légitime défense.
»…
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Trois portfolios
complètent le tout, réalisés par un photographe,
Gérard Rondeau (De l’autre côté du
pont, une composition photographique au caractère morbide
et poétique, ponctuée de citations ou de brèves
réflexions personnelles), un peintre, Guillaume Lecasble
(Jour et nuit il pleut dans l’oubli, une série
de portraits qui racontent l'histoire d'un homme aux prises avec
sa mémoire) et un dessinateur, Loustal (une séquence
intitulée Scènes de crime, des illustrations
accompagnées de textes imaginant les récits qui s’y
cachent). Le visuel est aussi présent dans les reproductions
d’anciennes couvertures appartenant à la presse à
sensation des siècles précédents (Le petit
journal, Le journal illustré… ou d’autres
faits divers et « romances » comme ce « Petit
crucifié »…) – des images qui fleurent
le mauvais goût mais que la patine du temps a rendues pittoresques.
A signaler aussi, un entretien imaginaire avec Blaise Cendrars,
les mots croisés d’Henri Gougaud, des conseils de lecture,
et d’intéressantes analyses sur la fiction et ses (nouveaux)
modes d’expression : dans « Notes en défense
de la fiction », Jean-Baptiste Evette plaide avec ardeur
pour un renouveau de la fiction (« La fable (…)
lieu unique de liberté » n'est « pas
une chose vieille et vidée, mais un domaine presque neuf,
un continent obscur auquel on a à peine abordé. »)
et pour l’abandon de l’auteur (qui doit «se
laisser posséder par des voix étrangères.»)
; tandis que Denis Marquet s’attaque intelligemment au règne
(relatif) de l’autofiction et au dévoiement de ceux
qui « tournent autour du moi », se complaisant
dans cet ego superficiel, un matériau qui ne crée
pas de la littérature, mais de l’autobiographie maniérée…
: « il s’agit de se demander (…) ce qui est
littérature et ce qui n’en est pas. ». On
repense alors au (bon) mot de Dumitru Tsepeneag
: "L'autofiction, c'est l'autobiographie avec la raie de
l'autre côté."...
Nul doute à avoir cependant concernant Kwak,
qui s'affirme comme une authentique revue de littérature
contemporaine.
Blandine
Longre
(janvier 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; elle s’intéresse
tout particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la
littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte
et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

Revues
littéraires
http://www.editionsdupanama.com/
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