un film de Amos Kollek

Sélection Officielle Cannes 2000
Prix spécial du jury oecuménique


1h38 - Israël / Etats-Unis

Anna Thomson, Jamie Harris, Louise Lasser, Robert Modica, Austin Pendleton.

 

Bella, 35 ans, est serveuse dans un coffee-shop new-yorkais. Premiers plans sur son corps fragile, bancal, toujours dans un équilibre précaire. Soudain, elle s'allonge perpendiculairement à un passage clouté au beau milieu d'un carrefour, une voiture freine de justesse. Séquence symbolique d'un film où Anna Thomson s'évertue à plier le cours des choses à force de volonté et d'optimisme, en s'investissant corps et âme (le premier reflétant la seconde). Sa présence physique parvient d'ailleurs souvent à donner un peu de folie au cadre, sa silhouette y dessine des zébrures et des diagonales inattendues (parfois simplement à cause d'un haut talon qui se dérobe).
Ce sont ces trajets transversaux qui lézardent la banalité de la vie des gens à New-York qu'Amos Kallek voudrait saisir à l'aide de sa caméra et de son scénario. On pense bien sûr aux romans de Paul Auster et à ses personnages qui basculent tout à coup, prennent une ligne de fuite, s'insurgent contre la fatalité.
L'idée de départ est donc séduisante, d'autant plus que les premières apparitions d'Anna Thomson dans le film provoquent réellement un événement à l'écran. Mais le film s'embourbe rapidement dans un scénario insipide et des histoires parallèles bien mièvres.
La vie sentimentale de Bella n'est qu'une suite de déconvenues et son petit ami, metteur en scène et marié, s'avère de surcroît un piètre amant. Second personnage à la dérive : Bruno, qui se retrouve dans l'embarras avec ses deux enfants, son ex-femme ayant choisi d'aller vivre au Tibet. Du côté professionnel, il s'ennuie dans son taxi jaune et rêve de devenir romancier. Ces deux-là sont faits pour s'aimer, mais une série de quiproquos entache leur idylle annoncée, sans que le spectateur ne s'inquiète un instant de son dénouement.
Autre relation : celle de deux sexagénaires (Paul et Emmy), par petite annonce interposée. Aussi timides que deux adolescents, ils redécouvrent lentement l'amour et la sensualité. La sexualité d'individus " âgés " aurait pu être, encore une fois, un sujet original, mais son traitement est ici consensuel et sucré.
Tous ces personnages et quelques autres (des amis, la mère étouffante de Bella, deux prostituées, etc..) se croisent fortuitement en certains lieux de la ville, sans forcément se rencontrer. Cette mise en scène, qui rappelle celle de Short Cuts d'Altman, demeure ici artificielle et sans ressort fictionnel.

La mollesse des récits finit par nous accabler. Rien ne vient briser la monotonie de ces historiettes sentimentales. Même New York n'est qu'une suite de clichés. Et les bons sentiments, la philanthropie inébranlable des personnages (tous accompagnés de leur bonne fée) agacent ou ennuient. La comédie sombre dans " l'affectivement correct ".
Si l'on a pu croire un moment qu'Amos Kollek cherchait à traquer ce qui sourd à travers la vie quotidienne, ce n'était en fait que pour en arracher ses personnages et les élever au niveau d'une normalité banale.

Jean-Emmanuel Denave

Site officiel
http://www.fastfoodfastwomen-lefilm.com

Informations générales
http://www.festival-cannes.org/cannes2000/vf/allfilms/incompetition/films