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Bella,
35 ans, est serveuse dans un coffee-shop new-yorkais. Premiers plans
sur son corps fragile, bancal, toujours dans un équilibre
précaire. Soudain, elle s'allonge perpendiculairement à
un passage clouté au beau milieu d'un carrefour, une voiture
freine de justesse. Séquence symbolique d'un film où
Anna Thomson s'évertue à plier le cours des choses
à force de volonté et d'optimisme, en s'investissant
corps et âme (le premier reflétant la seconde). Sa
présence physique parvient d'ailleurs souvent à donner
un peu de folie au cadre, sa silhouette y dessine des zébrures
et des diagonales inattendues (parfois simplement à cause
d'un haut talon qui se dérobe).
Ce sont
ces trajets transversaux qui lézardent la banalité
de la vie des gens à New-York qu'Amos Kallek voudrait saisir
à l'aide de sa caméra et de son scénario. On
pense bien sûr aux romans de Paul Auster et à ses personnages
qui basculent tout à coup, prennent une ligne de fuite, s'insurgent
contre la fatalité.
L'idée de départ est donc séduisante, d'autant
plus que les premières apparitions d'Anna Thomson dans le
film provoquent réellement un événement à
l'écran. Mais le film s'embourbe rapidement dans un scénario
insipide et des histoires parallèles bien mièvres.
La vie sentimentale de Bella n'est qu'une suite de déconvenues
et son petit ami, metteur en scène et marié, s'avère
de surcroît un piètre amant. Second personnage à
la dérive : Bruno, qui se retrouve dans l'embarras avec ses
deux enfants, son ex-femme ayant choisi d'aller vivre au Tibet.
Du côté professionnel, il s'ennuie dans son taxi jaune
et rêve de devenir romancier. Ces deux-là sont faits
pour s'aimer, mais une série de quiproquos entache leur idylle
annoncée, sans que le spectateur ne s'inquiète un
instant de son dénouement.
Autre relation : celle de deux sexagénaires (Paul et Emmy),
par petite annonce interposée. Aussi timides que deux adolescents,
ils redécouvrent lentement l'amour et la sensualité.
La sexualité d'individus " âgés " aurait pu
être, encore une fois, un sujet original, mais son traitement
est ici consensuel et sucré.
Tous ces personnages et quelques autres (des amis, la mère
étouffante de Bella, deux prostituées, etc..) se croisent
fortuitement en certains lieux de la ville, sans forcément
se rencontrer. Cette mise en scène, qui rappelle celle de
Short Cuts d'Altman, demeure ici artificielle et sans ressort fictionnel.
La mollesse des récits finit par nous accabler. Rien ne vient
briser la monotonie de ces historiettes sentimentales. Même
New York n'est qu'une suite de clichés. Et les bons sentiments,
la philanthropie inébranlable des personnages (tous accompagnés
de leur bonne fée) agacent ou ennuient. La comédie
sombre dans " l'affectivement correct ".
Si l'on a pu croire un moment qu'Amos Kollek cherchait à
traquer ce qui sourd à travers la vie quotidienne, ce n'était
en fait que pour en arracher ses personnages et les élever
au niveau d'une normalité banale.
Jean-Emmanuel
Denave

Site
officiel
http://www.fastfoodfastwomen-lefilm.com
Informations générales
http://www.festival-cannes.org/cannes2000/vf/allfilms/incompetition/films
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