Entre Dieu et moi, c'est fini
de Katarina Mazetti

Roman traduit du suédois par Max Stadler et Lucile Clauss
Editions Gaïa, 2007

 

 


Portrait par procuration

Gravité et légèreté se côtoient admirablement dans ce second roman de Katarina Mazetti à être traduit en français – une caractéristique que l’on aura déjà notée si on a lu Le mec de la tombe d’à côté, paru l’an passé, et qui, certainement, explique en partie le succès remporté par ce dernier (vendu à plus de 450 000 exemplaires en Suède, un pays de 9 millions d'habitants, nous disent les éditions Gaïa – un phénomène littéraire).
Tandis que Le mec de la tombe d’à côté se penchait sur l’histoire d’amour atypique de deux personnages incompatibles, Entre Dieu et moi, c'est fini raconte l’amitié de deux jeunes filles, Linnea et Pia, qui s’achève sur un drame dont on ne connaîtra les véritables raisons (mais pas toutes) que dans les dernières pages. En entrant dans le roman, on sait seulement que Pia est morte subitement et que Linnea, passablement bouleversée, ne parvient à surmonter sa douleur qu’en se parlant à elle-même, retraçant le cours de cette amitié brève (120 journées seulement) mais intense. Car avant l’arrivée de Pia dans sa vie, Linnea (complexée par sa haute taille, timide et indécise, amoureuse en secret du même garçon depuis trois ans...) n’avait pas connu de relation pareille, ni de fille aussi sûre d’elle, vive et intelligente, évoluant avec aisance dans l’existence (collectionnant les garçons et les idées), avec laquelle partager des confidences et des discussions passionnantes et sans fin sur les garçons, leurs parents (divorcés), la vieillesse, la religion, la politique...

Aussi, le récit foisonnant et rarement superficiel de Linnea, qui navigue entre le passé (la vie avant Pia, la vie avec Pia) et le présent (la vie sans Pia…), est certes nimbé de nostalgie, mais ne se départit pas d’un humour acide et d’une fraîcheur inimitable, qui atténuent, sans jamais les nier, certains événements plus oppressants. Linnea, jeune fille quelconque (il ne faut cependant pas se fier aux apparences) est une figure attachante, mais c’est surtout Pia qui fascine – parce que éternelle absente, malgré tout omniprésente, envahissant le récit de Linnea qui a décidé de « collectionner les souvenirs » de Pia (« avec la prudence d’un archéologue qui découvre les vieux débris d’une cruche») et qui les relate avec beaucoup d’allant. Récit introspectif, pourtant ancré dans une réalité adolescente très vraisemblable, Entre Dieu et moi, c'est fini parlera à nombre de lecteurs (adolescents ou non).

Blandine Longre
(décembre 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.gaia-editions.com/

Littérature jeunesse

Littératures étrangères

 

Le mec de la tombe d’à côté de Katarina Mazetti, traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus, Gaïa, 2006

Comment deux êtres que tout sépare (Désirée, bibliothécaire cultivée et Benny, éleveur de bovins) peuvent-ils envisager une vie ensemble ? Leurs points communs : tous deux ont laissé filer les années et, arrivés à la trentaine, supportent mal leur solitude (Désirée a perdu son mari, avec qui elle s’ennuyait, et Benny vit en vieux garçon, dans la ferme héritée de ses parents). Leur histoire d’amour mouvementée, aussi étonnante que douloureuse, sera le fil conducteur de ce roman cocasse et piquant, dans lequel l’auteur donne la parole en alternance à chacun des deux protagonistes : ils s’interrogent sur ce qu’ils aimeraient enfin faire de leur vie et sur qui ils sont vraiment. Même si le fossé social et culturel paraît impossible à combler, l’histoire touchante et fantaisiste de leur relation emporte le lecteur dans le tourbillon sans fin de leurs brouilles et de leurs rabibochages, de leurs chagrins et de leurs doutes, de leurs colères et de leurs manies... on ne s’en lasse pas, et le lecteur sera rassuré d’apprendre que deux autres titres de Katarina Mazetti paraissent en octobre de cette année, Les larmes de Tarzan et Entre Dieu et moi, c'est fini.
B. Longre (juillet 2007)