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Portrait par procuration
Gravité
et légèreté se côtoient admirablement
dans ce second roman de Katarina Mazetti à être traduit
en français – une caractéristique que l’on
aura déjà notée si on a lu Le mec
de la tombe d’à côté, paru
l’an passé, et qui, certainement, explique en partie
le succès remporté par ce dernier (vendu à
plus de 450 000 exemplaires en Suède, un pays de 9 millions
d'habitants, nous disent les éditions Gaïa – un
phénomène littéraire).
Tandis que Le mec de la tombe d’à côté
se penchait sur l’histoire d’amour atypique de deux
personnages incompatibles, Entre Dieu et moi, c'est
fini raconte l’amitié de deux jeunes
filles, Linnea et Pia, qui s’achève sur un drame dont
on ne connaîtra les véritables raisons (mais pas toutes)
que dans les dernières pages. En entrant dans le roman, on
sait seulement que Pia est morte subitement et que Linnea, passablement
bouleversée, ne parvient à surmonter sa douleur qu’en
se parlant à elle-même, retraçant le cours de
cette amitié brève (120 journées seulement)
mais intense. Car avant l’arrivée de Pia dans sa vie,
Linnea (complexée par sa haute taille, timide et indécise,
amoureuse en secret du même garçon depuis trois ans...)
n’avait pas connu de relation pareille, ni de fille aussi
sûre d’elle, vive et intelligente, évoluant avec
aisance dans l’existence (collectionnant les garçons
et les idées), avec laquelle partager des confidences et
des discussions passionnantes et sans fin sur les garçons,
leurs parents (divorcés), la vieillesse, la religion, la
politique...
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Aussi,
le récit foisonnant et rarement superficiel de Linnea,
qui navigue entre le passé (la vie avant Pia, la vie
avec Pia) et le présent (la vie sans Pia…), est
certes nimbé de nostalgie, mais ne se départit
pas d’un humour acide et d’une fraîcheur
inimitable, qui atténuent, sans jamais les nier, certains
événements plus oppressants. Linnea, jeune fille
quelconque (il ne faut cependant pas se fier aux apparences)
est une figure attachante, mais c’est surtout Pia qui
fascine – parce que éternelle absente, malgré
tout omniprésente, envahissant le récit de Linnea
qui a décidé de « collectionner les
souvenirs » de Pia (« avec la prudence
d’un archéologue qui découvre les vieux
débris d’une cruche») et qui les relate
avec beaucoup d’allant. Récit introspectif, pourtant
ancré dans une réalité adolescente très
vraisemblable, Entre Dieu et moi, c'est fini parlera
à nombre de lecteurs (adolescents ou non). |
Blandine
Longre
(décembre 2007)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique
littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com

http://www.gaia-editions.com/
Littérature
jeunesse
Littératures étrangères
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Le
mec de la tombe d’à côté
de Katarina Mazetti,
traduit du suédois par Lena Grumbach et Catherine Marcus,
Gaïa, 2006
Comment
deux êtres que tout sépare (Désirée,
bibliothécaire cultivée et Benny, éleveur
de bovins) peuvent-ils envisager une vie ensemble ? Leurs
points communs : tous deux ont laissé filer les années
et, arrivés à la trentaine, supportent mal leur
solitude (Désirée a perdu son mari, avec qui
elle s’ennuyait, et Benny vit en vieux garçon,
dans la ferme héritée de ses parents). Leur
histoire d’amour mouvementée, aussi étonnante
que douloureuse, sera le fil conducteur de ce roman cocasse
et piquant, dans lequel l’auteur donne la parole en
alternance à chacun des deux protagonistes : ils s’interrogent
sur ce qu’ils aimeraient enfin faire de leur vie et
sur qui ils sont vraiment. Même si le fossé social
et culturel paraît impossible à combler, l’histoire
touchante et fantaisiste de leur relation emporte le lecteur
dans le tourbillon sans fin de leurs brouilles et de leurs
rabibochages, de leurs chagrins et de leurs doutes, de leurs
colères et de leurs manies... on ne s’en lasse
pas, et le lecteur sera rassuré d’apprendre que
deux autres titres de Katarina Mazetti paraissent en octobre
de cette année, Les larmes de Tarzan
et Entre Dieu et moi, c'est fini.
B. Longre (juillet 2007) |
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