Le livre des débuts d’histoires
de Kristin Kladstrup

traduit de l’anglais par Anne-Judith Descombey
Nathan, 2007

 

 

Entre l’histoire sans fin et Si par une nuit d’hiver un voyageur…

Histoire fantastique, conte, récit de pirates, paradoxes temporels… tous ces éléments sont réunis dans ce roman très inventif qui est proche de L’Histoire sans fin tout en lui proposant une variante intéressante : le thème du livre dangereux est ici orienté non par celui de la lecture mais par celui de l’écriture, dangereuse car aventureuse.
C’est aussi un livre qui fait penser au livre de Calvino, Si par une nuit d’hiver un voyageur…, tant le système des débuts d’histoires interrompues par le début d’une autre histoire ou par une intervention des « héros » (le lecteur ou la lectrice/l’écrivain ou l’écrivaine) en forme l’armature dans sa première partie.
Tout commence à partir du récit d’Oscar, qui trouve un livre plein de pages blanches dans lequel il est proposé d’écrire des débuts d’histoires, avec un avertissement : tout ceci peut mener très loin et il faut être très prudent sur ce qu’on invente. Oscar invente plusieurs débuts et finit par disparaître dans l’une des histoires. On n’a plus de nouvelles de lui pendant deux générations. Vient le tour de Lucy, sa petite-nièce par la généalogie, qui enquête sur ce mystère, tombe sur le livre, écrit elle aussi imprudemment, retrouve Oscar et part avec lui à la recherche de son père qu’elle a fait disparaître.
Métamorphoses humaines et animales, rencontres improbables, captures par des pirates, aventures chez le roi du pays des chats… tous les débuts d’histoires mêlent les genres, se recoupent et finissent par n’en former qu’une seule faite de plusieurs dénouements successifs, tous heureux, sauf un.


Outre la fantaisie, ce roman a aussi l’intérêt de permettre de s’interroger sur ce qui fait un bon début d’histoire, puis une bonne suite et une fin possible. A ce titre, il est à lui seul une bonne leçon d’écriture. Il propose aussi quelques analyses des phrases que les enfants envisagent d’écrire. Puisqu’elles sont données comme vitales, elles se doivent d’être précises et tout ce qui concerne la recherche de précision et la levée d’ambiguïtés est très ingénieux. Mais il a aussi l’intérêt de montrer à travers cette fiction quelques-uns des ressorts de l’écriture : la présence de ce qu’on a lu et aimé, les structures de l’imaginaire, l’affleurement des préoccupations personnelles se mêlent à d’autres choix plus concertés, comme les contraintes liées aux genres littéraires. Enfin, on s’y perd par l’écriture, on se sauve par l’écriture, ce récit d’aventures très réussi propose un itinéraire qui touche à de nombreux domaines.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(juillet 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

http://www.nathan.fr/