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La vie selon
Kjell Askildsen...
Les nouvelles
de Kjell Askildsen n'ont rien à envier aux récits
de Raymond Carver ; à ceci près
que le Norvégien pousse à l'extrême l'écriture
minimaliste ébauchée par l'Américain (Carver
rejetait cette étiquette, lui préférant celle
de miniaturiste). Ici, c'est le non-dit qui prédomine et
dans chaque histoire, on retrouve un couple (un homme et une femme,
un frère et une soeur, deux frères...) confronté
à l'impossibilité de communiquer : chaque paire de
personnages tourne en rond, incapable de formuler verbalement le
mal-être qui les accable, leur lassitude ou leur rejet de
l'autre. Chaque nouvelle décrit des relations en déperdition,
des situations où les apparences sont maintenues coûte
que coûte par la monotonie du quotidien, par un semblant de
communication vide de sens et d'étouffante normalité.
| La
vie selon Kjell Askildsen est une suite désespérée
de gestes stériles et d'actions robotisées, qui
trahissent en définitive le vide existentiel des protagonistes.
Si l'on fouille un peu les dialogues banals et les gestes monocordes,
on découvre chez chacun des personnages une multitude
d'angoisses, une inquiétude latente qui s'immisce peu
à peu dans le récit et chaque mouvement paraît
alors trahir des désirs ou des pulsions refoulées
(l'on se demande si les protagonistes masculins de "Un
monde merveilleux" ou "Les chiens de Thessalonique"
n'ont pas quelque envie de meurtre, ou bien si Jakob, dans "La
sauterelle" n'est pas tenté par l'adultère...),
des fantasmes qui prouvent peu à peu que l'on n'a pas
affaire à des "hommes ordinaires", mais
à des êtres qui manquent de courage pour affronter
la réalité ; les passages à l'acte se font
attendre, en vain : rien n'arrive jamais, le temps paraît
comme en suspens, comme si à l'impossibilité de
dire s'ajoutait l'impossibilité d'agir, une paralysie
renforcée par l'oppressante rengaine du quotidien. |
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C'est une vision
de l'existence bien frustrante que livre l'auteur norvégien,
cependant tout à fait convaincante sous sa plume : Kjell
Askildsen est un auteur pour qui le non-dit n'a pas de secrets (en
témoignent ses messages cryptés et les indices incarnés
par certains objets récurrents : la bouteille de vin, la
cigarette ou la boîte aux lettres vide... ou encore des dialogues
où abondent des clichés) et chaque nouvelle est comme
une tentative désespérée de déchiffrer
une énigme silencieuse.
B.Longre
(novembre
2002)

Le
Serpent à Plumes
http://www.serpentaplumes.com
http://odin.dep.no/odin/fransk/om_odin/stillinger/032005-990364/
http://www.aftenposten.no/alex/litterat/forfatte/askildse.htm
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