Un film en trois parties
Iran, 1999, 1h12.

Sélection officielle Cannes 99
Sortie le 17 novembre 1999

Le Bateau Grec
Ecrit et réalisé par Nasser Taghvaï
Avec Hossein Panahi et Atefeh Razavi

La Bague
Ecrit et réalisé par Abolfazl Jalili
Avec Hafez Pakdel
du même réalisateur : Delbaran (Iran, 2002)

La Porte
Ecrit et réalisé par Mohsen Makhmalbaf
Avec Mohamad A. Babhan et Norieh Mahigiran

Ces trois courts métrages ont en commun le lieu : l'île de Kish, au centre du golfe persique à 18 kilomètres de la côte iranienne et les trois contes se déroulent en bord de mer, avec, constamment en arrière plan, le bruit des vagues.

Dans le Bateau Grec, l'énorme carcasse abandonnée surplombe la petite maison et la boutique de Shanbeh et sa femme. L'homme vivote en récupérant des cartons venus de la mer; avec son ami Djomée, ils plongent pour les ramener sur leurs barques. Pour ces deux hommes, "la mer est abondance" et la vision de ces cartons venus de l'étranger flottant à la surface de l'eau est insolite en ce lieu paisible. Mais la femme de Shanbeh semble perturbée par cette accumulation de cartons et une peur inexplicable l'envahit. Shanbeh décide de la faire exorciser et le rituel prend des allures de psychothérapie.
Ce petit film est drôle (en particulier la fin) mais le malaise (ou le mal-être) de la femme est bien réel. Elle paraît être coupée de toute réalité et ses angoisses, bien que toutes naïves, rejaillissent sur le spectateur.

La Bague. Hafez Pakdel se rend sur l'île afin de trouver du travail, sa famille ne pouvant lui payer ses études. Il se retrouve dans une cahute entre la mer et une route déserte, et outre son travail, économise de l'argent (pour toute autre chose que ses études, en réalité) en vendant le poisson qu'il pêche.
Ce film est quasi documentaire, et on assiste aux tâches quotidiennes de ce garçon débrouillard pendant la majeure partie du film : peu de dialogues, beaucoup de séquences reflétant son isolement à travers la lenteur de ses gestes. Le réalisateur l'a dédié à tous ses amis étudiants et explique : "Un jeune homme y vivait seul, aussi seul que je l'avais été dans mon enfance... Il m'a inspiré ce film".

La porte, n'hésitons pas à l'écrire, est très ennuyeux et semble vouloir célébrer un "cinéma de la lenteur et de l'absurde".
Un homme erre sur une immense plage, transportant la porte de sa maison sur son dos, son dernier bien. On ne sait pas pourquoi il est là, ce qu'il cherche : apparemment l'isolement. En effet, il est mécontent lorsque le facteur frappe à sa porte (!) pour la deuxième fois et refuse la lettre qu'on lui tend, demandant qu'on ne l'embête plus. S'ensuivent des dialogues de sourds, à la limite de l'absurde, longs et répétitifs. Même chose avec un groupe de musiciens. Une jeune fille le rejoint (sa fille probablement), accompagnée d'un chevreau en laisse.
Cette porte au milieu de rien est le symbole même du surréalisme de la situation. Il est évident que ce court n'est pas à prendre au premier degré, mais malgré les intentions métaphysiques de l'auteur et la beauté de l'image, on s'ennuie ferme.

Le thème de l'île a été exploité de trois façons différentes par trois cinéastes à la culture commune, et ce qui en ressort est bien un certain isolement des personnages, avec des réactions différentes selon chaque individu. Mais il est navrant que l'ensemble soit si peu harmonieux, malgré le ton poétique retrouvé dans chacun des contes.

B.Longre
(novembre 1999)

Cannes 99
Le bateau grec
http://www.festival-cannes.org/cannes99/vf/allfilms/incompetition/films/frame186.html
La bague
http://www.festival-cannes.org/cannes99/vf/allfilms/incompetition/films/frame185.html
la porte
http://www.festival-cannes.org/cannes99/vf/allfilms/incompetition/films/frame187.html

http://www.cannesfilm.com/infos99/critiques/kish.html

les zones franches iraniennes
http://www.dree.org/iran/francais/eco/zonesfr.htm