Featherstone
Traduit de l’anglais par Anouk Neuhoff

Christian Bourgois Éditeur, 2003

 

Featherstone est une petite bourgade comme il en existe tant d’autres, avec son école, sa banque, son bureau de poste, son école et son aire de jeux … A Featherstone, tout semble paisible mais Kirsty Gunn brosse le portrait d’une dizaine d’habitants pour qui la vie n’est pas aussi tranquille qu’il n’y paraît.
Il y a tout d’abord Mary Susan, une gamine qui est en train de se transformer en femme et qui se sent à l’étroit dans sa ville où elle cherche des admirateurs pour son corps tout neuf ; elle s’est mis dans la tête de devenir mannequin. Sa mère Renée, qui n’a pas encore réalisé les transformations qui s’opèrent en elle, a du mal à la comprendre : « Si seulement sa mère pouvait voir la personne qu’elle était, la personne qu’elle était réellement. Si seulement Mary Susan pouvait décrire à sa mère la frustration que lui inspirait la vie, lui expliquer qu’elle nourrissait bien plus d’ambitions que sa mère ne pouvait l’imaginer. On n’avait pas idée à quel point c’était dur, de vouloir faire de soi une personne différente de celle qu’on attendait de vous». Il y a Harland, le pasteur qui tremble d’avoir définitivement perdu la foi et dont le mariage infertile sombre lentement. Il y a Margaret la tenancière de l’hôtel et du bar, où se retrouvent les habitants de Featherstone le samedi soir, qui cache derrière une apparence trop soignée la brisure de la solitude. Il y a Ray Weldon, un jeune fermier séduisant qui attend maladivement le retour de Francie, femme aimée il y a des années. Il y a enfin Sonny, le vieil oncle de cette même Francie, qui croit que sa nièce est de retour en cette fin d’été et qui, sans le vouloir, met en branle le mécanisme qui va lier ces personnages le temps d’un week-end.

Dans ce roman, Kirsty Gunn nourrit l’ambition de tracer un portrait du genre humain en donnant la parole à chacun, à tour de rôle mais ce qu’elle réussit le mieux à faire – tout comme dans ses deux précédents romans Pluie et Histoire aux yeux pâles et dans son recueil de nouvelles Le pays où l’on revient toujours – c’est la description de la sortie de l’enfance et des tourments qui l’accompagnent. On est également admiratif devant l’atmosphère poétique que cet auteur néo-zélandais arrive à créer en mêlant peinture minutieuse de la luminosité ou des paysages avec les pensées de ses personnages. Par contre, il est permis de rester dubitatif devant la lourdeur de la métaphore associée au nom de Feather/stone (Plume/pierre) ainsi que devant une fin convenue où, après une montée en tension, tout finit par s’aplanir un peu trop facilement.

Anne Weber
(février 2003)

Christian Bourgois
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