Chanteur
sous-enregistré, sa voix soulful aux soudaines montées
dans les aigus aurait pu permettre à King Ernest une carrière
discographique plus conséquente que ses deux seuls albums,
l'excellent King of hearts (Evidence) sorti en 1997,
et cet album enregistré cette année même pour
le compte du label Fat Possum ; Album testament, puisque peu après
son enregistrement, King Ernest, âgé de 61 ans, trouva
la mort dans un accident de voiture ; destin tragique auquel bon
nombre de bluesmen nous ont habitués...
Musicalement,
cet album fait honneur au défunt chanteur et redore quelque
peu le blason du label Fat Possum qui s'ingénie de plus
en plus à produire d'authentiques bluesmen ruraux (en
particulier le chanteur/guitariste R.L. Burnside) dans des conditions
apocalyptiques, guitare fuzz, boîte à rythme, délire
psychédélique voire techno... Rien de tel ici,
et de la production rien n'est à redire ; pas la moindre
trace d'une concession aux modes éphémères
et l'amateur de soul blues façon Stax sera comblé
: Massive présence de blues lents, où sa voix
enveloppante, sophistiquée, dotée d'un vibrato
de velours excelle ; mais King Ernest sait aussi se faire violence
quand il faut, en premier lieu sur l'extraordinaire soul-blues
Contentment digne du meilleur Little Milton, sur le rugueux
Wood rat, un blues down-home des plus prenants, et sur
l'intense Suffer and Stay. S'ajoute à cela une
ballade bien sentie (Rock me in your arms), un sombre
blues mineur d'une mélancolie envoûtante (Blues
conviction), et un blues au dépouillement surprenant
(Regular man).
Chacun
se fera un avis en écoutant cet album de toute beauté
d'un bluesman qui était bien parti pour une fin de carrière
tonitruante, et qui aurait pu devenir la nouvelle coqueluche
du soul-blues actuel, au même titre qu'un Mighty Sam Mc
Lain. Le destin en aura voulu autrement alors savourons d'autant
plus notre plaisir.
Régis

http://www.bluesaccess.com/No_29/ernest.html
http://www.fatpossum.com