un film de Kim Ki-duk

86 mn Corée du Sud 2000
Venise 2000

avec Suh Jung et Kim Yoo-seok

Sortie nationale le 25 avril

 

A travers les brumes matinale, on distingue quelques tons pastels : vert, jaune, violet…Sur le miroir argenté d'une étendue d'eau, se dressent, inattendues, quelques baraques sur flotteurs. Elles sont autant de refuges pour les pécheurs, les fugitifs ou les amants adultères.
En fait d'île, Kim Ki-duk nous offre cet ensemble discontinu d'îlots géré par l'étrange et taciturne Hee-jin. A bord de sa barque de fortune, elle emmène les vacanciers ou les proscrits sur leur havre éphémère, leur apporte les vivres nécessaires et parfois quelques plaisirs plus licencieux. Dans ce monde d'apparente quiétude, Hyun-shik, un homme plus désespéré que les autres, fuit la justice sud-coréenne. Entre la belle tenancière et lui naîtra une passion des plus sulfureuses.
Toute île est prétexte à isolation de quelques éléments et individus pour le philosophe, l'écrivain ou le cinéaste. Celle de Kim Ki-duk fonctionne ainsi comme un laboratoire humain et esthétique : il y plonge quelques êtres disparates et enregistre avec sa caméra leurs réactions et métamorphoses. Une femme fatale, telle la sirène, agit comme l'élément catalyseur de cette chimie ou alchimie fantastique.
Avec la patience de l'entomologiste, le réalisateur peint, tableau après tableau (la composition du cadre très soignée se rapproche en effet de l'art pictural), son microcosme imaginaire, avec ses failles, ses drôleries et ses vacillements…il s'arrête sur un simple reflet à la surface de l'eau, s'inquiète de géométrie (sens aigu des verticales et des horizontales) , joue avec les couleurs, se love dans le rythme du silence.
Néanmoins son monde n'a rien de pur ni d'aseptisé : se réclamant des surréalistes, d'Oshima, de Bacon et de Sade (ce qui fait peut-être beaucoup), il éventre sa toile grâce à l'introduction d'évènements scatologiques, des affres et de la violence de la passion physique, de la cruauté intempestive des personnages, ou encore des mélanges du corps avec des éléments hétérogènes (un vagin et un hameçon par exemple !).
Le cinéaste cite volontiers Nadja de Breton : « la beauté sera CONVULSIVE ou ne sera pas »…son film, cependant, est moins de l'ordre du spasme que de la chimie lente, de l'épilepsie que de la confrontation incongrue…un film beau, plutôt, « comme la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie » (Lautréamont) !

Jean-Emmanuel Denave

http://www.cplus.fr/html/cplus.com/venice_fr/version_
francaise/fiches/seom.html

http://www.unesco.org/courier/2000_10/fr/doss23.htm