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A travers les
brumes matinale, on distingue quelques tons pastels : vert, jaune,
violet…Sur le miroir argenté d'une étendue d'eau,
se dressent, inattendues, quelques baraques sur flotteurs. Elles
sont autant de refuges pour les pécheurs, les fugitifs ou
les amants adultères.
En fait d'île, Kim Ki-duk nous offre cet ensemble discontinu
d'îlots géré par l'étrange et taciturne
Hee-jin. A bord de sa barque de fortune, elle emmène les
vacanciers ou les proscrits sur leur havre éphémère,
leur apporte les vivres nécessaires et parfois quelques plaisirs
plus licencieux. Dans ce monde d'apparente quiétude, Hyun-shik,
un homme plus désespéré que les autres, fuit
la justice sud-coréenne. Entre la belle tenancière
et lui naîtra une passion des plus sulfureuses.
Toute île est prétexte à isolation de quelques
éléments et individus pour le philosophe, l'écrivain
ou le cinéaste. Celle de Kim Ki-duk fonctionne ainsi comme
un laboratoire humain et esthétique : il y plonge quelques
êtres disparates et enregistre avec sa caméra leurs
réactions et métamorphoses. Une femme fatale, telle
la sirène, agit comme l'élément catalyseur
de cette chimie ou alchimie fantastique.
Avec la patience de l'entomologiste, le réalisateur peint,
tableau après tableau (la composition du cadre très
soignée se rapproche en effet de l'art pictural), son microcosme
imaginaire, avec ses failles, ses drôleries et ses vacillements…il
s'arrête sur un simple reflet à la surface de l'eau,
s'inquiète de géométrie (sens aigu des verticales
et des horizontales) , joue avec les couleurs, se love dans le rythme
du silence.
Néanmoins son monde n'a rien de pur ni d'aseptisé :
se réclamant des surréalistes, d'Oshima, de Bacon
et de Sade (ce qui fait peut-être beaucoup), il éventre
sa toile grâce à l'introduction d'évènements
scatologiques, des affres et de la violence de la passion physique,
de la cruauté intempestive des personnages, ou encore des
mélanges du corps avec des éléments hétérogènes
(un vagin et un hameçon par exemple !).
Le cinéaste cite volontiers Nadja de Breton : « la beauté
sera CONVULSIVE ou ne sera pas »…son film, cependant, est moins
de l'ordre du spasme que de la chimie lente, de l'épilepsie
que de la confrontation incongrue…un film beau, plutôt, « comme
la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine
à coudre et d'un parapluie » (Lautréamont) !
Jean-Emmanuel
Denave

http://www.cplus.fr/html/cplus.com/venice_fr/version_
francaise/fiches/seom.html
http://www.unesco.org/courier/2000_10/fr/doss23.htm
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