Le Kid en
vacances au Japon.
En compétition
au dernier Festival de Cannes mais non primé, le dernier
film de Kitano semble être une libre interprétation
du fameux film de Chaplin : la rencontre fortuite puis le périple
d'un gamin rondouillard et d'un vagabond, truand à ses heures.
Masao, timide
petit garçon de huit ou neuf ans, s'ennuie dans la maison
vide de sa grand-mère qui l'élève, alors que
ses camarades sont partis en vacances. Par hasard, il découvre
une photo de sa mère qui l'a abandonné et dont il
ne se souvient pas. Spontanément, il fourre quelques trésors
dans son sac d'écolier et part la rencontrer, muni d'une
adresse en bord de mer comme seul indice. Le coin de la rue à
peine tourné, il tombe sur Kikujiro, caïd à la
petite semaine, désoeuvré et roublard ; ce dernier
s'engage, un peu malgré lui, à accompagner Masao jusqu'à
sa mère. Kikujiro, tout d'abord peu enthousiasmé par
cette responsabilité inhabituelle, et Masao, réservé
et posé, entament alors un voyage peu ordinaire.
En regardant
ce film, le parallèle avec le film de Chaplin est inévitable
et les thèmes abordés (le père symbolique,
les liens d'amitié...) sont ici sans surprises, de même
que l'intrigue, parfois prévisible. Mais ce long métrage
nous surprend pour ses qualités visuelles et son humanité.
Le changement
de registre est la plus grande surprise : Kitano semble en effet
s'être accordé une pause entre deux films de Yakuzas
et prend du plaisir à filmer l'histoire simple et douloureuse
de Masao ; l'un des ingrédients chers à Kitano, la
violence physique, n'est ici que suggéré puisque c'est
les douleurs morales que le réalisateur s'attache à
décrire. Mais l'atmosphère n'est jamais larmoyante
: Kitano use d'un humour visuel (gags à répétition,
déguisements, jeux sortis tout droit de ses émissions
de la télévision japonaise) qui prend toute son ampleur
par le décalage qui existe entre les gags et le rêve
et la dure réalité de la vie de Masao et de celle
de Kikujiro. L'imagination de Kikujiro est sans bornes quand il
s'agit d'amuser Masao et, dans la deuxième partie du film,
il "dirige"une troupe grandguignolesque, touchante, une
galerie inoubliable de personnages. Les rôles sont ainsi souvent
inversés et les repères s'estompent, tant les adultes
sont de grands enfants.
Un film
à ne pas manquer, une histoire tendre et réaliste,
sans mélo ni apitoiement, fraîche et verdoyante comme
un paysage Japonais.
B. Longre

Cannes 99
http://www.festival-cannes.org/cannes99/vf/allfilms
/incompetition/films/frame166.html
Critique
http://pears.lib.ohio-state.edu/Markus/Review/Films99/Kikujiro.html
filmographie
et biographie
(en anglais)
http://www.geomatics.kth.se/sjoberg/homepage/beat.htm
Rétrospective
(Le Monde)
http://www.lemonde.fr/article/0,2320,ser-109-27197-QUO,00.html
Interview
http://www.multimania.com/martinlang/interv3.htm
Divers
http://www.multimania.com/hishiryo/
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