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Les amateurs
du grand Jack vont être comblés ; les autres vont avoir
une belle occasion de le découvrir, pensez donc : huit ouvrages,
unifiés sous l’intitulé de La Légende
de Duluoz, celle de Jack le Pou (puisque Duluoz signifie
Pou en langage canuck, Kerouac revendiquant un «héritage
indien»), soit, outre son œuvre la plus connue (Sur
la Route, publié en 1957), Visions de Cody (I),
Les Souterrains, Tristessa, Les Clochards Célestes, L’Ecrit
de l’Eternité d’Or, Big Sur et Vanité
de Duluoz… le tout en 1428 pages, 24 documents…
et une courte introduction pour chaque œuvre.
Yves
Buin nous avertit dans son avant-propos : « Chaque
livre se réfère à une séquence de la
vie de Kerouac, qui se situe, par-là, à la grande
tradition américaine du récit autobiographique…
revendiquant aussi lui-même sa dette envers La Comédie
Humaine et A la Recherche du Temps Perdu. »
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Né
en 1922, Jack Jean Louis Lebris de Kerouac, mort en 1969 d’une
hémorragie interne due à son alcoolisme (et
autres excès de toutes sortes), fut désigné
comme le père (ou le pape !) de la beat generation,
terme qu’il employa pour désigner le groupe des
écrivains et poètes américains qui rejetaient
certaines valeurs prônées par la société
de l’époque. Profondément catholique malgré
son anticonformisme, profondément marqué par
la mort de son frère aîné, il rêvera
d’abord de devenir footballeur professionnel…
puis écrivain… et décidera de se consacrer
à cette dernière vocation. Il deviendra également
un grand voyageur, un vagabond aux rencontres (son amitié
pour son alter ego, Neal Cassidy) et expériences multiples
(les drogues, le bouddhisme …). |
Mais ce sur
quoi je voudrais insister dans cette chronique, ce sont ses rapports
avec le jazz, le be-bop naissant, qu’il écouta et qui
eut une influence considérable sur son style et sur l’établissement
des Principes de la Prose Spontanée. A ce sujet,
il faut donc lire en fin de volume le texte d’Yves Buin inclus
dans ce livre indispensable : Kerouac, l’Ecriture et le
Jazz.
Kerouac fut assidu aux clubs et assista notamment aux séances
de « laboratoire » que fut le Minton’s entre
1941 et 44, où s’illustrèrent les grandes figures
du be-bop. Il ne cessera de revendiquer l’héritage
et sa dette envers cette période de la musique afro-américaine.
Il confia au poète Allen Ginsberg qu’il s’identifiait
plus volontiers à des musiciens de génie — Charlie
Parker (son idole), Dizzy Gillespie (il appellera New York Le
Sanctuaire de Dizzy), Thelonious
Monk, Lester Young (il ne cessera de lui rendre hommage : «c’est
Lester qui est à l’origine de tout, ce saint grave
et mélancolique qui est derrière toute l’histoire
du jazz et de sa génération», écrit-il
dans Visions de Cody), Billie Holiday — qu’à
n’importe quelle école littéraire bien établie…
Kerouac n’avait d’autre ambition que de faire avec les
mots ce qu’il entendait les musiciens bop faire avec leurs
instruments… Les Souterrains fut écrit très
vite, («une prose rapide, comme du jazz à couper
le souffle »). Lire aussi à ce sujet Mexico
City Blues (C. Bourgois, 1976). On retrouvera chez Julio
Cortázar ce même amour du jazz ; lors d’un
entretien, à la question relative au jeu : « Qu’emporteriez-vous
sur une île déserte », il me répondit
sans hésiter : « Des disques plutôt que des
livres ! »
Ainsi, quoi
de mieux que de lire cet ouvrage en écoutant, par exemple,
Jazz at Massey Hall de Toronto le 15
mai 1953 avec cinq grands maîtres du be-bop : Dizzy Gillespie,
Charlie Parker, Bud Powell, Charles Mingus et Max Roach.
Le swing des notes et des mots… Magistral !
Jacques
Chesnel
(février 2004)
Jacques
Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz
en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs
de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant
"jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports
entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

Gallimard
http://www.gallimard.fr/
http://www.rooknet.com/beatpage/writers/kerouac.html
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