Au
service de tous les pourris
Passionnant
documentaire de Kevin MacDonald, Mon meilleur ennemi
retrace toute l’existence de Klaus Barbie,
tortionnaire nazi patenté, « Boucher de Lyon »
dont la réputation n’est plus à faire, ni
l’immense culpabilité à démontrer.
De son inquiétante enfance jusqu’à son retentissant
procès, mené par la baguette sournoise de Maître
Vergès, la vie de Barbie offre une débauche de
méfaits répugnants, souvent à grande échelle,
auxquels Kevin MacDonald entend donner toute la mesure internationale,
pour conclure après Vergès sur le dégoût
général qu’inspire in fine l’ensemble
du monde politique.
Car le
réalisateur du dernier roi d’Écosse
s’attache ici à montrer notamment
comment le monstre Barbie fut après guerre protégé
par la C.I.A., pour fournir des informations et aider à
la lutte contre le communisme, puis pour enseigner l’art
effroyable dans lequel il était passé maître,
la torture, permettant la propagation des techniques nazies
les plus efficaces, en Bolivie (sa terre d’exil), et,
par extension, jusque dans les Etats-Unis du récent Guantanamo.
K. MacDonald attire l’attention sur la capacité
de la C.I.A. à « fermer les yeux » sur certaines
horreurs, pour en récolter des fruits annexes ; peut-être
faut-il y entendre l’écho d’un murmure croissant,
de même teneur, visant aujourd’hui les événements
du 11 septembre 2001.
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Images
d’archives et témoignages se relaient, dynamisés
par une bande-son très musicale, non dépourvue
d’ironie, dans un contexte aussi grave. Après
Le dernier roi d’Écosse, on retrouve
ainsi dans ce documentaire assez « sensationnel
» la volonté (de veine schroederienne) de
renverser le monstrueux, de ne pas le déshumaniser,
d’en révéler le profil le plus étrange
– sans toutefois perdre de vue l’exigence
hollywoodienne de divertissement, qui abîme un peu
ces films.
Nicolas
Cavaillès
(novembre 2007)
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