Les belles endormies
1970, Albin Michel
roman traduit du Japonais par R. Sieffert
(Titre original : Nemureru Bijo, 1961)
 

 

C'est une maison close bien étrange que se met à fréquenter le vieil Eguchi, un lieu réservé à des "clients de tout repos", des vieillards qui ont la possibilité de passer toute une nuit avec "une belle endormie" sous soporifique, silencieuse, soumise, mais qui doit demeurer... vierge. Eguchi accepte non sans mal l'étiquette de la maison et l'étrangeté du lieu, et la présence de ces corps comme morts ravivent ses souvenirs : les aventures amoureuses extra-conjugales, les femmes connues et possédées, et la toute première, sa mère, retrouvée dans la vision des seins de certaines des filles. Plus la mort s'approche, plus il semble se tourner vers l'enfance apaisante.

Entre érotisme et morbidité, Kawabata, l'un des écrivains japonais les plus célèbres, a composé ici une ode à la femme et à la chair, tout en subtilité et en douceur, mêlant judicieusement sexualité et sens du sacré, dans de minutieuses descriptions des corps abandonnés à "un sommeil de mort", qui laissent présager sa fin à Eguchi.
Lorsque l'on sait que le romancier, prix Nobel de littérature en 1968, se suicida à l'âge de soixante-treize ans, on devine quelles forces le poussaient ainsi à écrire de façon obsessionnelle sur la mort et ses prémices. Ce qui frappe surtout, c'est le grand dépouillement de l'écriture et la sérénité de ton qui, pourtant, n'entrâvent nullement l'éclosion d'un ton poétique raffiné et évocateur.

B.Longre

http://www.kirjasto.sci.fi/kawabata.htm

http://perso.wanadoo.fr/eteissier/romans/kawabata/kawa.html

Bibliographie (en Anglais)
http://www.otterbein.edu/home/fac/plarchr/kawabata.htm