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tournée
2004
17 novembre 2004 à l'Arbresle
19 novembre à Lamure/Azergue
23 novembre à Charentay
30 novembre à Ste Consorce
3 décembre à Bellegarde sur Valserine
14 décembre à St Priest
avec
Ghislaine Bendongué, Caroline Deragne, Philippe Mangenot,
Antoine Oppenheim, Alain Pierre, Alain Sergent
Kateb
Yacine, mort en 1989, demeure l'une des grandes figure de la littérature
algérienne : romancier (son premier roman, Nedjma,
publié au Seuil en 1956, frappa une France auparavant peu
encline à louer un auteur maghrébin), poète
puis dramaturge, son oeuvre est profondément ancrée
dans l'histoire algérienne ou dans celle d'autres pays arabes.
Mais ses pièces sont avant tout des véhicules politiques
permettant à un public souvent populaire de s'approprier
l'histoire et ses soubresauts, un peu à la façon de
Brecht, une manière d'éveiller des peuples asservis
ou rendus aveugles.
C'est bien ce que l'auteur fait dans Boucherie de l'espérance
: ouvrir nos yeux en racontant l'histoire du conflit israélo-palestinien.
Il y retrace, sur un ton vivifiant, subversif et drôle, la
lutte fratricide des juifs et des arabes, incarnés par Moïse
le balayeur (Antoine Oppenheim) et Mohamed le chômeur (on
retrouve là un Alain Pierre facétieux
et lucide), deux voisins qui se ressemblent mais qui s'accrochent
à l'adage populaire "j'y suis, j'y reste", à
l'image du clou rouillé de Mohamed (qui veut bien vendre
sa maison à des juifs pour ne pas mourir de faim, à
condition que ce clou reste planté dans le mur), symbole
de l'obstination palestinienne. Mohamed est aussi le J'Ha, un personnage
populaire un peu simplet, très naïf en apparence, mais
dont le bon sens et l'étrange lucidité font défaut
au Mufti ou au marchand (tous deux joués par Alain Sergent,
à la bonhomie cocasse), bien décidés à
collaborer avec les "colons".
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Moïse,
lui, semble regretter le poids des obligations que fait peser
sur lui le rabbin (Philippe Mangenot) et éprouve même
du remords à être dans le camp des "envahisseurs",
comprenant que de victime (en tant qu'ancien déporté),
non seulement il devient bourreau mais encourage ainsi l'antisémitisme
; et Mohamed de s'écrier : "Nous sommes les
juifs des juifs ! "
Au-delà de la parabole politique et humaine, c'est
la grande vivacité de l'interprétation qui frappe
le spectateur, emporté par le rythme endiablé
des épisodes qui se succèdent et par l'humour
qui surgit à chaque coin de réplique.
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Les
comédiens qui, tour à tour, sont plusieurs personnages
plus fonctionnels que réels (n'allez pas chercher la moindre
once de psychologie dans cette pièce), incarnant des archétypes
plutôt que des êtres en chair et en os (excepté
peut-être, et par instants, Moïse et Mohamed) excellent
à nous entraîner dans leur tourbillon satirico-tragique
; Sans relâche les réparties fusent, brièvement
interrompues par les interventions du choeur (arabe / juif / arabe
/ juif / arabe...) et de son coryphée : l'emprunt à
la tragédie grecque, témoignant de la liberté
d'esprit de l'auteur et de sa capacité à combiner
diverses formes dramatiques, nous interdit de nous abandonner à
l'illusion comique tout en nous permettant de ne jamais perdre le
fil du récit.
Pour
toutes ces raisons, il est impossible de ne pas songer au théâtre
de l'épique ; ce théâtre en diffère pourtant
par sa plus grande liberté de ton et par cet humour dont
Brecht n'usait que rarement afin de ne pas trop "divertir"
le public : Il est vrai que Kateb Yacine refuse de prendre parti
ou même de se prendre au sérieux et même s'il
fait dire à Mohamed que "L'homme est un animal politique",
l'austère vérité est vite détournée
lorsque Mohamed décide d'assimiler l'homme à l'âne,
introduisant là un retournement satirique inattendu.
Mais derrière l'humour, la farce dénonce l'absurdité
d'un conflit entretenu par des lobbies financiers, religieux et
politiques, s'insurge contre la place prépondérante
de la religion prostituée et révèle l'ingérence
hypocrite des grandes puissances qui n'y voient là qu'un
jeu stratégique. Là encore, l'auteur simplifie à
outrance mais très habilement les relations entre nations,
en nous donnant à voir trois "grands" (Etats-Unis,
France et Grande-Bretagne) incarnés par trois généraux
tyranniques aux noms ridicules.
Ainsi, avec des moyens minimalistes, quelques turbans, un balai,
un arsenal de bidons (de pétrole ?), des gants de boxe, un
tapis de sol successivement jardin, maison, désert puis champ
de bataille, et un pupitre, cette pièce parvient à
toucher le fond des choses : authentique et intelligente illustration/dénonciation
d'un conflit poignant et sans issue transposable à l'échelle
planétaire ; un théâtre que l'on peut sans hésiter
qualifier de visionnaire tant les événements décrits
(la pièce fut écrite entre 1968 et 1970) nous paraissent
proches...
B.
Longre
(septembre
2001)
Théâtre
Les Ateliers
5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

Théâtre
Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers-lyon.com
L'auteur
http://sir.univ-lyon2.fr/limag/copielvnet/Volumes/Kateb.htm
http://www.monde-diplomatique.fr/1999/12/BOUCHARDEAU/12775.html
http://www.ina.fr/Dossiers/Algerie/yacine.fr.html
http://www.planet-dz.com/ACTU/2000/juillet/kateb_hommage.htm
http://www.theatrelesateliers.com/Html/Kateb%20Yacine.htm
Littératures
du Maghreb (Algérie, Maroc, Tunisie)
http://www.limag.com/
Une exposition retraçant l'oeuvre théâtrale
de Kateb Yacine, intitulée "Kateb Yacine, un théâtre
en trois langues", s'est tenue à la Bibliothèque
Municipale d'études et d'informations de Grenoble,
jusqu'au 12 janvier 2002.
(pour tout renseignement : 04 76 86 21 00)
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