Le Bastringue et autres sketches
traduit de l'allemand par Jean-Besson
et Jean Jourdheuil
Editions théâtrales, 2003

 

Le Théâtre de l'Arc en Ciel présente
Karl Valentin et son bastringue

spectacle comique
Mise en scène Cécile Maudet
au Château de Machy (69)
du 28 juin au 6 juillet 2003
04 78 47 36 13 (réservations)

 

La comédie du langage

D'entrée de jeu, le ton est donné avec un texte proposant de remédier par l'absurde à l'absence de public dans les salles de théâtre : rendre "le théâtre obligatoire", aux enfants des écoles comme à toutes les catégories de citoyens, et ainsi obtenir des salles remplies de 50.000 spectateurs... Gageons que ces spectateurs, malgré l'obligation, prendraient plaisir à assister aux sketches dont Karl Valentin, flanqué de son inséparable partenaire Liesl Karlstadt, est à la fois auteur, acteur et personnage.

Né en 1882 dans la banlieue de Munich, Karl Valentin (de son vrai nom Valentin Ludwig Fey), n'est pas un dramaturge au sens clasique du terme, et ne voulut pas en être un. Ce "talentueux bricoleur", comme le qualifie Jean-Louis Besson dans son éclairante préface, connut le succès dans les cabarets et quelques théâtres populaires allemands, avant l'effacement à l'époque de la montée du nazisme, puis ses tentatives pour remonter sur les planches après la guerre, et finalement l'épuisement qui le fit mourir en 1948. Quelques liens avec Brecht, et une carrière particulière dans le monde du spectacle : ses pièces sont plutôt - comme l'indique le titre du livre - des "sketches" au cours desquels s'accumulent les situations absurdes et agaçantes, les malentendus et les incompréhensions, les échecs artistiques et les tentatives de déstabilisation de l'ordre social ou esthétique, musical en particulier. Pas de véritable progression, pas de crise à dénouer, mais des numéros qui, tenant du cirque et du spectacle de cabaret, situent ces pièces entre les Marx Brothers et le théâtre dit "de l'absurde".

Le texte principal du volume, Le Bastringue, est une confrontation constante entre un chef d'orchestre (dont le rôle était tenu par Liesl Karlstadt) et le personnage de Karl Valentin lui-même qui, systématiquement, fait avorter le concert avec des plaisanteries, des insolences ou des clowneries. Verbe hors de raison contre musique en représentation, c'est bien le langage qui est mis en scène, qui est au fondemement même du comique de ces textes dont la lecture est, à elle seule, un véritable spectacle. Les éditions Théâtrales ont le grand mérite de proposer six volumes des oeuvres de Karl Valentin, dont Le Bastringue n'est pas la moindre.

Jean-Pierre Longre
(avril 2003)

Jean-Pierre Longre, enseignant en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical. Il a participé à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.dhm.de/lemo/html/biografien/ValentinKarl/

http://membres.lycos.fr/karlvalentin/auteur.htm

http://membres.lycos.fr/karlvalentin/bio.htm