Mongol
L'Ecole des loisirs, mai 2003
collection Neuf
dès 9 ans

 

Le petit garçon qui voulait être un Mongol

Ludovic subit nombre d’humiliations, et le début de ce roman vivifiant, qui va à l’encontre des stéréotypes, est empli des souffrances silencieuses mais bien réelles du petit garçon : bouc-émissaire, souffre-douleur livré à la vindicte de ses pairs en cour de récréation, il est considéré comme « un peu bête » par une maîtresse rigide et peu amène ; ses parents en rajoutent en le traitant gentiment (du moins le croient-ils) de «bécasson» ou de «sombre idiot». Ludovic a l’habitude (ou presque... ) d'être "traité", mais le jour où le terrifiant Fabrice lui lance «mongol !» (et les autres de reprendre en cœur…), le jeune narrateur est intrigué : c’est la première fois qu’il entend ce mot ; le soir venu, il se lance à la conquête du dictionnaire (un exploit pour l'enfant, qui ouvre rarement un livre…) à la recherche de définitions : premier contact avec la Mongolie, territoire presque mythique qu’il se met à idéaliser, et le peuple Mongol auquel il ne tarde pas à s’identifier : «Mongol, c’est bien le mot qu’ils me traitaient ? «guerrier très fort»… C’était pas une injure, alors ?».
La naïveté de Ludovic est touchante et se reflète en particulier dans le langage parfois enfantin du narrateur ; mais il a décidé, un peu inconsciemment, de jouer le jeu, de grandir et d'enfin devenir "autre" : puisqu’on le considère comme un Mongol, il en sera un ! La "dame de la bibliothèque" lui prête des magazines et des ouvrages dans lesquels il se plonge chaque soir ; chez lui, il refuse de toucher aux aliments autres que laitages ou saucisses (tradition mongole oblige !) et montre un intérêt nouveau pour l’équitation ; à l’école, il se met à «insulter» ses camarades en langue mongole (« Outre à excréments, Cerveau cru de ton père »…) et convertit d’autres enfants aux osselets. La maîtresse le croit fou et ses parents comprennent que quelque chose a changé…

Ce roman décrit le parcours courageux d’un petit garçon aux prises avec le monde : il parvient à prouver qu’il peut lire, montrer un intérêt aux gens et aux choses, qu'il est capable de rêver et ne pas être l'éternel attardé de la classe ou de la famille ; sa découverte de la lecture apparaît comme miraculeuse (même si sa maîtresse, légèrement caricaturée, ne le croit pas lorsqu'il lui dit être en train de lire le dictionnaire...) et l’identification à un héros (comme Gengis Khan) lui permet enfin de se découvrir et de s’affirmer.

Tout part d’une erreur, d’un glissement de langage ténu comme il en existe tant ; mais c'est aussi par le biais des mots que Ludovic résout en partie ses difficultés et peut se faire accepter. Mongol est un roman intelligent et drôle (l’humour l’emportant sur la souffrance initiale), qui analyse finement les mécanismes du rejet et de la passion, et développe l'idée que rien n’est jamais joué d’avance… Un roman à mettre entre les mains (outres celles des enfants, bien sûr) de tous ceux dont le "métier" est d’éduquer, que ce soit en classe ou à la maison.

Blandine Longre
(mai 2003)

http://www.ecoledesloisirs.fr

http://www.theatre-contemporain.net/amd/encre/serres.htm