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Le petit garçon qui voulait être
un Mongol
Ludovic subit
nombre d’humiliations, et le début de ce roman vivifiant,
qui va à l’encontre des stéréotypes,
est empli des souffrances silencieuses mais bien réelles
du petit garçon : bouc-émissaire, souffre-douleur
livré à la vindicte de ses pairs en cour de récréation,
il est considéré comme « un peu bête
» par une maîtresse rigide et peu amène ; ses
parents en rajoutent en le traitant gentiment (du moins le croient-ils)
de «bécasson» ou de «sombre
idiot». Ludovic a l’habitude (ou presque... ) d'être
"traité", mais le jour où le terrifiant
Fabrice lui lance «mongol !» (et les autres
de reprendre en cœur…), le jeune narrateur est intrigué
: c’est la première fois qu’il entend ce mot
; le soir venu, il se lance à la conquête du dictionnaire
(un exploit pour l'enfant, qui ouvre rarement un livre…) à
la recherche de définitions : premier contact avec la Mongolie,
territoire presque mythique qu’il se met à idéaliser,
et le peuple Mongol auquel il ne tarde pas à s’identifier
: «Mongol, c’est bien le mot qu’ils me traitaient
? «guerrier très fort»… C’était
pas une injure, alors ?».
La naïveté de Ludovic est touchante et se reflète
en particulier dans le langage parfois enfantin du narrateur ; mais
il a décidé, un peu inconsciemment, de jouer le jeu,
de grandir et d'enfin devenir "autre" : puisqu’on
le considère comme un Mongol, il en sera un ! La "dame
de la bibliothèque" lui prête des magazines
et des ouvrages dans lesquels il se plonge chaque soir ; chez lui,
il refuse de toucher aux aliments autres que laitages ou saucisses
(tradition mongole oblige !) et montre un intérêt nouveau
pour l’équitation ; à l’école,
il se met à «insulter» ses camarades en langue
mongole (« Outre à excréments, Cerveau cru
de ton père »…) et convertit d’autres
enfants aux osselets. La maîtresse le croit fou et ses parents
comprennent que quelque chose a changé…
Ce roman décrit
le parcours courageux d’un petit garçon aux prises
avec le monde : il parvient à prouver qu’il peut lire,
montrer un intérêt aux gens et aux choses, qu'il est
capable de rêver et ne pas être l'éternel attardé
de la classe ou de la famille ; sa découverte de la lecture
apparaît comme miraculeuse (même si sa maîtresse,
légèrement caricaturée, ne le croit pas lorsqu'il
lui dit être en train de lire le dictionnaire...) et l’identification
à un héros (comme Gengis Khan) lui permet enfin de
se découvrir et de s’affirmer.
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Tout part
d’une erreur, d’un glissement de langage ténu
comme il en existe tant ; mais c'est aussi par le biais des
mots que Ludovic résout en partie ses difficultés
et peut se faire accepter. Mongol
est un roman intelligent et drôle (l’humour l’emportant
sur la souffrance initiale), qui analyse finement les mécanismes
du rejet et de la passion, et développe l'idée
que rien n’est jamais joué d’avance…
Un roman à mettre entre les mains (outres celles des
enfants, bien sûr) de tous ceux dont le "métier"
est d’éduquer, que ce soit en classe ou à
la maison.
Blandine
Longre
(mai 2003) |
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http://www.ecoledesloisirs.fr
http://www.theatre-contemporain.net/amd/encre/serres.htm
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