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du
même auteur : Salt and Saffron
(2001)
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Kartographie familiale, politique
et poétique
Avec ce
troisième roman de l'entre-deux, Kamila Shamsie
s'affirme comme l'un des nouveaux talents de la veine littéraire
anglo-indienne, ou plus précisément anglo-pakistanaise
: car la clé de voûte, voire le personnage central
de ce roman est la ville de Karachi. Ce lieu, Raheen ne peut
se résoudre à le quitter - de la même
façon que son père avant elle n'avait pu le
quitter en 1971 - en dépit des remous terroristes qui
l'agitent et du chaos qui y règne. Nous sommes en 1995
et la jeune fille, tout juste revenue des États-Unis
où elle a fait ses études universitaires, est
de retour à Karachi, la ville aimée, la ville
de l'enfance et de l'adolescence : "ma ville, laide,
polluée, surpeuplée, qui me brise le coeur".
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Raheen attend
le retour de Karim, son "presque cousin" (on revient inévitablement
au thème des quasi-jumeaux, qui imprégnait le précédent
roman de Kamila Shamsie, Salt and Saffron),
son ami, son frère, qui a quitté le Pakistan à
l'âge de 13 ans avec ses parents, lors des émeutes
de 1984. Leur amitié était prédestinée,
du moins selon leurs parents, un groupe inséparable de quatre
amis dont l'histoire intrigue profondément la jeune Raheen
de 1984 : elle a pu comprendre que son père avait d'abord
été fiancé à la mère de Karim
et que sa mère avait été sur le point d'épouser
le père de Karim... Elle enquête discrètement
sur ces anciennes amours, tout en prenant conscience qu'elle se
mêle des affaires des adultes : mais cette tentative pour
retracer une histoire intime et familiale est sa façon à
elle de reconstruire son histoire, celle de Karim, de remonter aux
sources. Lui, plus tard, l'accusera de vivre enfermée dans
le cercle étroit de son milieu bourgeois, anglophone, à
l'abri du besoin et des terribles événements qui font
rage dans la ville, à deux pas du quartier privilégié
qu'elle connaît depuis l'enfance. Karim refuse de revenir
dans cette ville maudite, tout en essayant de la comprendre et de
se l'approprier par le biais de sa géographie : depuis l'âge
de treize ans, il rêve de devenir cartographe, ne serait-ce
que pour créer enfin un plan de sa ville ; la "Kartographie"
devient une obsession, sa manière à lui de réordonner
le désordre urbain, politique et familial, de redonner une
forme et une logique au chaos quotidien.
La vivacité
poétique de Kamila Shamsie est de nouveau omniprésente
dans ce roman émouvant et habilement construit ; la chronologie
se plie aux désirs de l'auteur, de même que le langage
(joyeusement manipulé par Raheen et Karim, qui s'expriment,
dès que possible, par anagrames et autres jeux de mots et
qui n'hésitent pas à réviser l'orthographe...)
et la plupart des dénouements sont imprévisibles.
A travers les deux personnages principaux, et le point de vue d'une
classe bourgeoise "britannisée", l'auteure retrace
quelques décennies mouvementées d'une ville et d'un
pays qui ne semblent pas encore avoir trouvé la voie d'une
paix durable, comme si la secousse de la partition de 1947 et les
événements de 1971 n'avaient pas encore été
absorbés... Le style est vibrant et sobre tout à la
fois, les personnages attachants et lumineux et les histoires de
Kamila Shamsie ont la force et la résonance des contes.
Blandine
Longre
(novembre
2002)

Bloomsbury
http://www.bloomsburymagazine.com
http://www.saja.org/shamsie.html
http://www.umiacs.umd.edu/users/sawweb/sawnet/books/kamila_shamsie.html
http://www.guardian.co.uk/g2/story/0,3604,626896,00.html
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