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Survivre
et garder son coeur d'enfant.
Nombreux sont
les ouvrages destinés aux jeunes lecteurs qui retracent,
souvent de l'intérieur, des parcours individuels malmenés
par les conflits guerriers ; on se souvient du roman de Jean-Jacques
Greif (Mes enfants, c'est la
guerre, L'école des loisirs), qui racontait la vie
clandestine de Jacob, à Mimizan, durant la deuxième
guerre mondiale. L'histoire de la petite Kakine Pouloute se déroule
à la même époque, du moins on le suppose...
Ici, les nazis sont tout simplement appelés « les
Méchants », et ceux qu'ils pourchassent pour les
exterminer sont des « Pouloutes » ; cette transposition
n'affecte en rien la force du récit et, sans pour autant
dénaturer les tragiques événements, lui apporte
une allure cocasse, plus en phase avec l'univers enfantin, celui
de la jeune narratrice (et ses lecteurs).
Tout débute le jour où Kakine se voit obligée
de porter une étoile en tissu jaune pour aller à l'école
et sa mère à beau tenter de dédramatiser la
situation (« c'est la belle étoile des Pouloutes
! »), la fillette n'est pas dupe (« ce jour
là, c'est comme si l'étoile m'avait transformée
en quelqu'un d'autre : personne ne voulait jouer avec moi... »).
C'est le temps des arrestations et les parents de Kakine prennent
la décision de partir à la campagne et de changer
de nom : «on est Monsieur et Madame Poule et toi, tu es
Kakine Poule ! ».
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Mais
il faut soudain fuir Paris, se cacher pour ensuite repartir
à nouveau, et trouver refuge plus loin. La famille
se débrouille pour échapper régulièrement
aux terribles Méchants (Kakine n'a toujours pas compris
pourquoi ces derniers n'aimaient pas les Pouloutes... ),
jusqu'au jour où sous ses yeux, dans la cour de l'école,
son cousin Léon est arrêté, parce que
son « zizi » n'est pas comme les autres...
Tout
au long du roman, on admire le courage des parents - qui,
en refusant de révéler aux enfants l'ampleur
du danger, sans pour autant leur mentir, tentent de leur
faire mener une existence à peu près stable,
en dépit des épreuves, de la peur et des injustices.
Kakine n'en est pas toujours consciente, mais son témoignage
permet d'apporter au thème une fraîcheur inhabituelle
- même si l'on se doute bien qu'elle fait partie des
miraculeux rescapés, de ceux qui ont pu échapper
à la mort.
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Sur le même
thème, un autre ouvrage, qui a lui aussi comme louable objectif
d'éveiller les jeunes consciences, vient de paraître
: Anne Franck, de Joséphine Poole
(Gallimard jeunesse) comporte de belles illustrations, signées
Angela Barret, quasi photographiques, mais malheureusement dépourvues
d'émotion ; il raconte de façon très conventionnelle
et froidement documentaire le parcours de la jeune Anne Franck,
et il y manque assurément la voix authentique d'Anne Franck,
celle du journal, que l'on retrouve en filigrane derrière
les mots de Kakine Pouloute : une petite fille qui, malgré
la guerre, a des préoccupations d'enfant. La candeur de cette
dernière fonctionne comme un atout, quand, à travers
quelques remarques anodines de la fillette, Nathalie Brisac met
en relief l'absurdité idéologique et l'inhumanité
qui rendent le mensonge nécessaire à la survie, jusqu'à
parfois en perdre l'image que l'on a de soi : l'innocence des questions
que se pose Kakine touche le jeune lecteur, qui comprend combien
cette histoire tend implicitement à l'universalité,
et que, de la même façon que la pièce pour jeunes
publics de Jean-Claude Grumberg (Le petit chaperon Uf,
Actes Sud papiers, 2005) elle concerne tous les enfants du monde,
qu'ils soient ou non "Pouloutes"...
B.
Longre
(octobre 2005)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.ecoledesloisirs.fr
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