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La
sirène d'Amidé
S'inspirant
d'une mythologie poétique qui prête à l'ondine
(représentée ici sous les traits de la femme-poisson,
telle que nous la connaissons) des pouvoirs sur la mer et ses créatures,
Kaikisen se présente comme un
manga émouvant, palpitant et engagé, dont l'action
se déroule à Amidé, une petite ville côtière
- imaginée par l'auteur - qui s'accroche à son passé
tout en essayant de s'adapter à une modernité galopante,
avec la promesse d'un essor économique sans précédent.
L'histoire débute sur un oeuf mystérieux dont Yôsuké,
un jeune homme rêveur et respectueux des traditions, sera
bientôt l'unique gardien, comme l'est encore son grand-père,
prêtre Shintô. Ce dernier, en dépit de son grand
âge et d'un cancer qui le ronge, a encore la force de s'opposer
vivement aux desseins de son fils, le père de Yôsuké,
qui a "vendu son âme" en osant sortir l’œuf
de son sanctuaire et le donner en pâture aux médias,
à l'affût de nouveautés depuis que la petite
ville de pêcheurs se transforme.
Deux visions du monde et de l'existence s'affrontent : l'une, passéiste,
qui perpétue la légende de l'ondine (elle confierait
un oeuf à la ville, tous les soixante ans, promettant en
échange des pêches abondantes aux habitants), et l'autre,
progressiste, qui tente de développer les infrastructures
urbaines et le tourisme afin d'endiguer l'inévitable exode
des citoyens vers des villes plus grandes. Quant à Yôsuké,
entre deux eaux, il prend le parti de son grand-père, tout
en doutant néanmoins de l'existence de la femme poisson ;
jusqu'au moment où les indices s'accumulant, il prend conscience
de son ignorance et se résoud à croire aux pouvoirs
de la créature.
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On
trouve ici une abondance de thèmes croisés,
et le récit oscille, sans jamais se fixer, entre une
poésie parsemée d'ingrédients appartenant
au domaine du merveilleux, et un réalisme socio-économique
calculateur qu'il est cependant impossible de rejeter en bloc.
Chacun des personnages incarne ces différents degrés
d'interprétation du réel, en une gamme de nuances
qui évitent à ce roman graphique de tomber dans
un manichéisme où bien et mal s'affronteraient
sans fin. Le dénouement proposé par Satoshi
Kon (réalisateur, entre autres, de Perfect
Blue) ne manque malheureusement pas de bons
sentiments, mais demeure louable, et se lit comme la tentative
intelligente de réconcilier ce qui paraît habituellement
irréconciliable.
Blandine
Longre
(décembre
2004)
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dans la même
collection
Blue de Kiriko Nananan
Le jour du loup de
Yôji Fukuyama
http://www.casterman.com
http://www.sakka.info
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